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Interview B. Thibault à la Tribune

Les enjeux sociaux après les élections régionales
vendredi 9 avril 2004 par Alain

Après les élections régionales, le leader de la confédération de Montreuil donne sa vision du terrain syndical et des luttes à venir...

Le leader de la CGT pose ses exigences au gouvernement. Il dit non au
changement de statut d’EDF-GDF et refuse toute hausse de la CSG pour combler
le trou de la Sécurité sociale. Il appelle à une mobilisation "la plus large
possible" le 1er mai.

Après l’échec électoral de la droite, le nouveau contexte politique va-t-il
peser sur la situation sociale ?

- Nous nous trouvons dans une situation politique sans précédent qui
s’explique en grande partie par le contexte social des mois antérieurs. Le
Premier ministre a été reconduit alors que son action a été majoritairement
désavouée. Cette ambiguïté repose sur les conditions exceptionnelles de
l’élection présidentielle de 2002. La majorité parlementaire en a retenu
qu’elle était à la direction du pays sur la base d’un soutien majoritaire à
son projet économique et social. Les mouvements sociaux, notamment sur les
retraites, qui ont jalonné l’année 2003, découlent de cette ambiguïté. Les
résultats des régionales ne sont que la traduction du malaise social qui
s’est amplifié au fil des mois.

Les conditions sont-elles réunies pour une amplification de la mobilisation
sociale ?

- Dans ce contexte, le mouvement syndical a des responsabilités
particulières. On ne doit pas, en tant qu’organisations syndicales, s’en
remettre uniquement aux échéances politiques. On se trouve face à un
mécontentement social, à une exigence d’une autre orientation de la
politique économique et sociale. Face à cette situation, les organisations
syndicales ont des responsabilités à assumer ensemble.

Pour l’heure, les autres syndicats ne semblent pas réceptifs. Votre
proposition d’un "sommet intersyndical" ne rencontre guère d’écho...

- C’est vrai. Mon appel n’a pas été entendu par tous puisque plusieurs
responsables ont décliné la proposition. Je vais néanmoins rencontrer Alain
Olive (Unsa) et Gérard Aschiéri (FSU). Les syndicats restent dans
l’incapacité de structurer une action plus efficace en direction du patronat
et des pouvoirs publics. La dispersion et la singularité de nos
interventions comptent plus que l’efficacité collective. C’est un constat
navrant pour le syndicalisme français.

Quel temps fort prévoyez-vous au printemps ?

- Notre premier objectif est déjà de parvenir à une mobilisation la plus
large possible le 1er mai. Ce doit être l’occasion de réaffirmer
l’opposition à certaines réformes et de rappeler l’exigence de justice
sociale.

Les syndicats se mobilisent aujourd’hui sur EDF [lire également page 14].
Que demandez-vous précisément au gouvernement ?

- Nous exigeons le retrait du projet de loi sur le changement de statut
d’EDF-GDF. Je n’entends pas d’argument recevable pour justifier la décision
de faire évoluer le statut. Aucun impératif juridique européen n’impose au
gouvernement français de changer le statut d’EDF. Il y a une décision
d’ouverture à la concurrence des activités de distribution d’énergie
électrique mais cela peut s’assumer dans le cadre juridique actuel. Il ne
faut pas leurrer les Français sur la motivation réelle de ce changement de
statut qui consiste à mettre l’entreprise sur la voie de la privatisation.
C’est un impératif purement financier et idéologique. Le gouvernement a
besoin de vendre les bijoux de famille pour combler les déficits que génère
sa politique économique.

Une telle mobilisation intersyndicale sera-t-elle possible sur un dossier
comme l’assurance-maladie ?

- Il y a un travail intersyndical en cours mais nous ne sommes pas en mesure
de porter un projet pleinement partagé dans une négociation avec les
pouvoirs publics. FO privilégie le culte de l’isolement et la CFDT veut être
l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics, cela reste difficile. Ce
qui est très regrettable s’agissant d’un dossier comme la Sécurité sociale.

Etes-vous prêts à vous engager dans des négociations sur
l’assurance-maladie, et jusqu’où ?

- Je ne sais pas s’il y aura négociation, encore moins s’il y aura recherche
d’un accord. Nous avons en tout cas une exigence très forte : de réelles
négociations avec le gouvernement. Les organisations syndicales sont les
plus légitimes à représenter l’opinion, les attentes, les revendications au
nom des assurés sociaux. Il faut certes trouver la mécanique pour que
chacune des dimensions de la réforme soit abordée avec celles et ceux qui
sont légitimes pour aborder chacune de ces facettes. Mais nous demandons une
vraie négociation entre les interlocuteurs sociaux et le gouvernement,
notamment sur la gouvernance, c’est-à-dire les attributions des uns et des
autres, et le financement.

Quels sont les efforts acceptables à vos yeux pour arriver à une maîtrise
des dépenses de santé ?

- Le sens de la négociation ne peut pas être celui des sacrifices qu’il
faudrait faire, a priori, sur la santé. Les représentants syndicaux doivent
pouvoir assumer des responsabilités de gestion de la Sécurité sociale. Il y
a plusieurs conditions à réunir pour que cela soit viable : que le Parlement
assure les moyens correspondants, que la démocratie prévale, raison pour
laquelle nous voulons le rétablissement des élections des administrateurs.
Sur le volet financier, on peut agir sur plusieurs leviers : améliorer le
fonctionnement du système ; agir sur le niveau des recettes en élargissant
l’assiette des cotisations ou en révisant la politique des exonérations...
Nous sommes au bout d’un mécanisme qui indexe les cotisations sociales sur
la seule masse salariale.

Mais à court terme, il faut bien combler le déficit. Comment faire ?

- Les salariés ne doivent pas être les seuls à combler un déficit alimenté
principalement par les pouvoirs publics. La CSG est parmi les impôts les
plus inégalitaires. 88 % de ses recettes proviennent des seuls revenus du
travail. Ce serait fort de café que le gouvernement continue de diminuer
l’impôt sur le revenu, l’impôt le plus équitable parce que progressif, et
que dans le même temps on nous propose d’augmenter un des impôts les plus
inéquitables !

Etes-vous inquiet du contenu de la future loi sur l’emploi ?

- Il y a une réelle difficulté aujourd’hui à avoir une lisibilité sur la
cohérence de la politique économique et sociale du gouvernement. Jusqu’à
présent, on nous a parlé d’une loi de mobilisation sur l’emploi,
Aujourd’hui, j’entends dire qu’on travaille sur un plan de cohésion sociale,
ce qui est un autre axe de travail... J’attends d’en savoir plus et dans
quelle mesure nous serons sollicités pour exprimer notre opinion avant que
les décisions ne soient prises.

Propos recueillis par Delphine Girard et Stéphanie Tisserond


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