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LE MONDE le 12.05.05

A la hussarde

jeudi 12 mai 2005 par AL

A la veille d’un référendum très incertain, le pouvoir, par l’intermédiaire de Dominique de Villepin, peut juger électoralement utile de faire un clin d’oeil à l’électorat d’extrême droite.

Quelle mouche a piqué le ministre de l’intérieur, Dominique de Villepin, pour sortir, au débotté, après une concertation restreinte avec le président de la République et le premier ministre, un énième "plan d’actions" contre l’immigration clandestine ? Est-ce le souci de la France de se singulariser par rapport à ses voisins européens ? En Espagne, le socialiste Zapatero vient de régulariser 700 000 immigrés sans papiers ayant pu fournir un contrat de travail. En Italie, en 2002, Silvio Berlusconi avait fait de même avec plus de 600 000 étrangers.

Erreurs au-delà des Pyrénées et des Alpes, vérité en deça ? Quand l’Espagne fait preuve d’humanité, M. de Villepin, qui agissait sur "commande" de Jean-Pierre Raffarin, affiche une fermeté qui rappelle celle de plusieurs de ses prédécesseurs, de Charles Pasqua à Jean-Pierre Chevènement, en passant par Jean-Louis Debré.

Les mesures annoncées relèvent toutes, sans exception, du registre de la fermeté, voire de la dureté. Un comité interministériel de "contrôle de l’immigration" , doté d’un secrétaire général directement rattaché au ministre de l’intérieur, va être instauré. Pour renforcer la cohérence de l’action gouvernementale, il aura pour tâche d’animer un "service public de l’immigration" . M. de Villepin veut aussi créer "une véritable police de l’immigration" qui s’appuiera sur la police de l’air et des frontières renforcée par 600 agents supplémentaires.

Faire de la lutte contre l’immigration clandestine une "mission permanente" peut se concevoir. Encore faut-il qu’elle soit totalement respectueuse des droits de l’homme et qu’elle s’inscrive dans une politique plus globale de l’immigration. On en est loin. Outre une formulation malheureuse ("On ne peut pas avoir un pays réduit à un état de passoire" ), M. de Villepin a énoncé son dispositif avec la sécheresse d’un procès-verbal de commissariat. Il manquait ­ c’est un euphémisme ­ une once d’humanité.

Si comme l’assure le ministre de l’intérieur, il y a en France entre 200 000 et 400 000 clandestins, se fixer comme objectif, en 2005, 20 000 reconduites à la frontière (contre 15 000 en 2004) manque singulièrement d’ambition. Il serait temps aussi d’esquisser une nouvelle politique de l’immigration. Or, sur ce terrain, M. de Villepin s’est borné à récuser l’orientation de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, qui envisageait une politique de quotas.

Ce durcissement doit beaucoup aux circonstances. A la veille d’un référendum très incertain pour le pouvoir, il peut juger électoralement utile de faire un clin d’oeil à l’électorat d’extrême droite. Le débat sur la Constitution européenne aurait plutôt dû inciter le gouvernement à réfléchir à la mise en place d’une véritable politique européenne de l’immigration, ce qui suppose, comme le souligne Daniel Vaillant, l’ancien ministre de l’intérieur socialiste, "une harmonisation des législations de l’immigration, de l’asile et des capacités d’intégration" . La précipitation n’est pas bonne conseillère et les politiques à la hussarde sont rarement des bonnes solutions.

L’article dans le quotidien : http://www.lemonde.fr


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