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En France, des salariés d’un sous-traitant de France Télécom travaillent sous contrat portugais

LEMONDE.FR | 18.05.05 | 16h37
jeudi 19 mai 2005 par AL

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Une société d’installation de poteaux et de câbles téléphoniques, Constructel, sous-traitante de France Télécom, emploie une centaine de salariés portugais en France, notamment à Valence, sous contrat portugais, a-t-on appris, mercredi 18 mai, auprès de l’entreprise et de syndicats.

Constructel, société de droit français, filiale d’une société portugaise, Vasabeira, a démarré son activité en France au deuxième semestre 2003, et dispose de chantiers dans le sud-est et le centre de la France, selon la direction, qui précise employer environ cent salariés sous contrat de travail portugais et cinquante sous contrat français.

"C’est légal et c’est prévu dans les règles communautaires", a déclaré le directeur commercial de Constructel, Luis Cunha, joint par téléphone. "Il y a la possibilité d’avoir un détachement des moyens opérationnels d’un pays à un autre pendant une période de deux ans. La période de deux ans est en train de se terminer, et nous sommes en train de faire basculer les salariés qui veulent se maintenir en France sous des contrats français", a-t-il affirmé.

La direction de France Télécom a, quant à elle, indiqué que les contrats avec ses sous-traitants comportaient des clauses sur le respect du droit du travail en France. "S’il s’avérait qu’une société ne respecte pas les règles du droit du travail français, on lui retirerait le marché", a assuré un porte-parole du groupe, Patrick Thielemans. Il a précisé que Constructel, l’une des 250 entreprises sous-traitantes de France Télécom, représentait 1,1 % du volume d’activité dans le secteur de la pose de poteaux.

"Tout est illégal là-dedans", a dénoncé un membre de la direction départementale du Parti communiste à Valence, Jean-Pierre Basset. "L’entreprise doit embaucher les salariés aux conditions sociales du pays d’accueil, tandis que ceux-là sont embauchés aux conditions du pays d’envoi", a-t-il dit. "La directive Bolkestein - sur la libéralisation des services - n’est pas encore applicable", a-t-il rappelé.

60 HEURES PAR SEMAINE

Yves Muller, vice-président de l’Acnet, un syndicat regroupant une cinquantaine de PME sous-traitantes de France Télécom, a dénoncé une "délocalisation inverse". "Comme on ne peut pas délocaliser des chantiers, on prend des Portugais pour les faire travailler à bas coût dans des conditions dignes du XIXe siècle", a-t-il accusé. "Cette arrivée de nouveaux concurrents low cost a conduit un certain nombre d’entreprises sous-traitantes à disparaître, d’autres à réduire sensiblement leur voilure", a poursuivi M. Muller, qui a dit s’être ému dès l’été 2004 de cette situation auprès de France Télécom.

Les salariés sous contrat portugais sont payés entre 1 300 et 1 500 euros par mois mais travaillent jusqu’à soixante heures par semaine, a, quant à lui, déclaré Claude Caumel, délégué du personnel Sud-PTT à France Télécom dans le Languedoc-Roussillon, où est également implanté Constructel.

La direction de Constructel a assuré, de son côté, que les conditions de travail des salariés embauchés sous contrat portugais étaient avantageuses puisqu’ils disposaient de primes diverses.

L’ancien ministre communiste des transports, Jean-Claude Gayssot, a dénoncé mercredi ce recrutement de salariés portugais par France Télécom, y voyant une application avant la lettre de la "directive Bolkestein". "France Télécom, entreprise qui se dit publique, utilise depuis plusieurs années une entreprise sous-traitante du Portugal en la payant aux conditions du Portugal, s’est ému, sur la chaîne Public Sénat, M. Gayssot. C’est grave, parce que la directive Bolkestein a été unanimement contestée."

"Cette entreprise est portugaise. Elle vient répondre à des appels d’offres en France de l’entreprise publique France Télécom, qui était dirigée à l’époque par notre ministre actuel de l’économie et des finances, M. Thierry Breton, d’ailleurs, qui connaissait cette situation au moment de la polémique (sur la directive Bolkestein)", a protesté l’ancien ministre.

"Si on ne met pas un holà, non seulement elle sera mise en œuvre comme elle est mise en œuvre déjà par une entreprise dirigée par M. Thierry Breton", a affirmé M. Gayssot, qui a accusé le ministre des finances de vouloir "généraliser à l’échelle de toutes les entreprises françaises cette possibilité du moins-disant social".


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