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Interview de Jean-Luc MELENCHON

LES PARTISANS DU NON SOCIALISTE NE SE LAISSENT PAS FAIRE

POLITIS le jeudi 9 juin 2005
samedi 11 juin 2005

« Contre un isolement arrogant »

Interview de Jean-Luc MELENCHON

parue dans POLITIS le jeudi 9 juin 2005

Politis : Quel bilan tirez-vous du Conseil national de samedi ?

Jean-Luc Mélenchon : La situation est désastreuse. L’analyse officielle du résultat du scrutin, faite par la direction du PS, est totalement erronée. Pour l’équipe de François Hollande le vote « non » est un vote de peurs, d’ignorance, sans rapport avec la Constitution européenne et le modèle de construction de l’Europe. Tout est faux dans ce diagnostic. Son unique objectif est de justifier après coup l’erreur du parti et le dispenser de toute autocritique. De surcroît il conforte le discours de la droite. Sur le plan de la vie interne du parti, là aussi c’est un désastre. Après que le peuple de gauche et les électeurs socialistes ont voté à l’inverse du vote interne du parti, la seule leçon tirée de ce décalage a consisté à punir ceux qui ont voté comme les électeurs socialistes. C’est une vengeance d’appareil. En fait, faute de pouvoir dissoudre le peuple qui a mal voté, on le punit par procuration. C’est également une tactique interne : déclencher une véritable guerre civile pour empêcher les débats de fond pourtant nécessaires.

Politis  : Cette réaction ne révèle-t-elle pas aussi une régression dans la culture du PS ?

Jean-Luc Mélenchon : La culture du parti socialiste c’était l’esprit de synthèse interne avec une formidable porosité électoraliste à la société. On pouvait dire que le parti retomberait toujours sur ses pattes, parce qu’il était électoraliste. Dans la circonstance, il se contente d’être bureaucratique. Plutôt que de tenir compte de ce que disent les électeurs socialistes l’équipe dirigeante ne tient compte que des exigences des barons et des membres de l’appareil à qui elle doit son pouvoir. Or ceux-là veulent à tout prix que leur autorité, au sens administratif du terme, ne soit jamais contestée. Ils veulent pouvoir punir dans les départements ceux qui ont fait la campagne du non. C’est un retour à une période de déclin connue au temps de la SFIO lorsque la direction du parti préférerait sa propre reproduction plutôt que de répondre à l’aspiration unitaire exprimée dans le pays, aspiration qui était déjà la condition pour changer la vie dans le pays.

Politis : Le congrès annoncé peut-il permettre de sortir de cette situation ?

Jean-Luc Mélenchon  : C’est urgent de le faire. L’impuissance de la direction du PS, lié au fait qu’elle était dans le mauvais camp du référendum, lui impose une complicité objective avec le pouvoir de Jacques Chirac : les uns et les autres sont d’accord pour nier le résultat du référendum et n’en tenir aucun compte. Cela ne fait qu’aggraver la crise politique dans laquelle est plongée le pays et la crise démocratique qui le ronge. La compatibilité des « oui » se prolonge par une compatibilité des stratégies post résultats. C’est ce cercle de fer qu’il faut rompre.

Politis : Comment éviter que cette direction qui conserve un semblant de majorité se maintienne ?

Jean-Luc Mélenchon : J’ai les plus grandes craintes sur le déroulement du congrès. La direction a visiblement l’intention de susciter une atmosphère de guerre civile pour diaboliser Laurent Fabius et les tenants du « non ». Quand je vois comment les votes se déroulent depuis quelque temps, on peut avoir des doutes sur la sincérité des procédures. Comment peut-on espérer vaincre tout cela ? La première condition est que tous les tenants du « non » parviennent à proposer ensemble une alternative. C’est décisif. Cette alternative doit tenir compte de la nature de classe du vote référendaire et doit être capable d’entraîner des partisans du « oui de gauche » dans une nouvelle orientation. La motion à déposer devra aussi inclure autant que possible des socialistes qui ont voté « oui » pour être une motion de dépassement du passé. Cette motion doit se projeter dans l’avenir et donner à voir clairement une alternative de direction pour le PS, sinon on retombera dans un émiettement qui nous a été fatal.

Politis : La question des rapports du PS avec les autres formations de gauche est un autre point de clivage...

Jean-Luc Mélenchon : La direction du PS fonctionne sur un schéma d’isolement arrogant. Elle dit : mettons-nous d’abord d’accord entre nous sur la seule ligne possible, la nôtre ; les autres s’y soumettront ensuite. C’est cette construction politique qui a débouché sur la gauche plurielle, formule à laquelle François Hollande continue de s’accrocher, c’est-à-dire un système totalement vide de toute dynamique. Il faut en changer. Les socialistes ont la chance d’avoir dans leurs rangs des hommes et des femmes qui ont fait la campagne du non. Il fallait donc d’abord montrer que le dépassement du « non » et du « oui » se réalisait déjà au sein du PS. Ce n’est pas la voie qui a été choisie. C’est celle que je propose en réclamant qu’elle soit suivie d’une véritable stratégie du trait d’union, c’est-à-dire de construction d’une nouvelle union des gauches sans exclusive, étant entendu que cela ne signifie pas la domination des uns sur les autres mais un système dynamique dans lequel chacun influence l’autre.

Propos recueillis par Michel SOUDAIS

Voir aussi : On vole leur vote aux Français

http://agi.ouvaton.org/article180.html


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