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Liberation

Septembre 2005 : Expulsion le jour de la rentrée à Paris

Par Catherine Coroller (dans le 19e) et Tonino Serafini (dans le 14e)
vendredi 2 septembre 2005

REPORTAGE • A Paris, deux immeubles squattés ont été évacués par la police tôt vendredi matin.

En fin de matinée, les résidents, alertés dés l’aube par des rumeurs d’évacuations, tenaient leurs enfants serrés contre eux, expliquant qu’ils ne pouvaient pas les laisser partir en classe puisqu’ils ne savent pas où ils dormiront cette nuit.

La vingtaine d’enfants vivant au 4, rue de la Fraternité, dans le XIXe arrondissement de Paris, n’ont pas fait leur rentrée. Et les autres, qui fréquentent la même école du boulevard Général-Binet et ont démarré l’année scolaire avec les cars de police et le quartier bouclé, sont « complètement traumatisés » d’après une mère. « Ils ont brutalement compris que leurs petits copains ne seraient pas ce matin avec eux ». Cette voisine ne comprend pas « pourquoi ils ont démarré avec ce squat : il ne pose aucun problème et est très bien tenu ».

En fin de matinée, les résidents, alertés dés l’aube par des rumeurs d’évacuations, tenaient leurs enfants serrés contre eux, expliquant qu’ils ne pouvaient pas les laisser partir en classe puisqu’ils ne savent pas où ils dormiront cette nuit. « C’est scandaleux d’expulser des gens le jour de la rentrée, on n’est pas des animaux », crie M’Benin, une Ivoirienne de 23 ans. Les choses se passent relativement calmement dans les abords directs de cette ancienne imprimerie de la MGEN, d’un étage, où résident 18 familles, 70 personnes dont une vingtaine d’enfants. Dès 7 heures du matin « le téléphone arabe a fonctionné dans le quartier », raconte une voisine, « c’est un squat très organisé, les gens sont impliqués dans la vie associative, il y a parmi eux des délégués de parents d’élèves dans l’école ».

Beaucoup de parents d’enfants scolarisés avec ceux du squat sont donc présents. Ils proposent d’entreposer les meubles et effets personnels chez eux. Il faut crier pour communiquer puisque la police interdit tout contact avec les expulsés. Ceux-ci ont réussi à expliquer à des tiers qu’on leur proposait d’aller dans des hôtels, ce qu’ils refusent. Ils racontent aussi que la police est arrivée à 7 h 30 avec une équipe de TF1 et de RTL. Le maire du XIX, Roger Madec, lui, n’a pas été prévenu. Il ne comprend pas pourquoi ce squat a été choisi par la préfecture, alors qu’au bout de plusieurs années de concertations, de travail avec les associations et les institutions, des mesures de relogement avaient été finalisées pour « fin 2005-début 2006 ». Le squat n’avait rien d’un coupe gorge ni d’un lieu dangereux, il ne fait qu’un étage et les occupants géraient eux même la surveillance. Il y a deux jours, ils ont organisé eux-mêmes un exercice d’évacuation incendie. Une porte coupe-feu et des extincteurs ont été rajoutés. Parmi les voisins, on dit que cette imprimerie a été vendue déjà squatté à un marchand de biens qui aurait profité de l’incendie du 3 arrondissement (rue du Roi-Doré, dans la nuit du 29 août, sept morts) pour obtenir l’évacuation de son bien. Il faut dire qu’il est situé en bordure de la Mouzaïa, le triangle d’or du Nord est de paris, où les prix du mètre carrés flambent.

En contrebas du périmètre déliminté par la police, deux bus sont stationnés. Ils doivent transporter les expulsés sur les lieux des logements choisis par la préfecture. En fin de matinée, personne n’avait constaté de violences, les familles regroupant leurs affaires- sacs poubelles remplis de vêtements, ventilateur, télé, chaîne hi-fi, poussettes, valises à roulettes. Un homme a tenté de s’opposer aux policiers, il a été vite maîtrisé. Certains préviennent leurs employeurs qu’ils sont coincés et ne pourront pas travailler aujourd’hui...

A l’autre bout de Paris, rue de la Tombe-Issoire (XIVe), des policiers sont arrivés à 7h30, ne trouvant sur place qu’une trentaine de personnes, essentiellement ivoiriennes, familles et personnes en situation régulière. La quinzaine d’enfants, scolarisés dans trois écoles du quartiers, sont restés coincés dans l’immeuble, certains appelant en pleurant leurs mères, employées dans le nettoyage, qui rentraient du travail vers 8H et se sont retrouvées coincées par la police. Les autres occupants, une cinquantaine de célibataires, avaient déguerpi dans la nuit. Occupé illégalement depuis 2003, l’immeuble a été investi massivement et brutalement. Plus d’une vingtaine de véhicules de polices, un périmètre immense interdit à tous. Des élus locaux, dont Pierre Castagnou le maire PS du 14e arrondissement, avertis de l’expulsion, ont tenté de s’opposer à l’entrée des policiers dans le hall. Ils ont été bousculés. Les policiers ont défoncé la porte.

A midi, les familles regroupées dans le hall, les familles ont commencé à monter dans des autobus censés les amener vers des « lieux d’hébergements décents » selon les termes de la préfecture en l’occurrence trois hôtels : un Formule 1, porte de Châtillon , en bordure du périphérique parisien, à Issy-les-Moulinaux et Suresnes (dans les Hauts de Seine). Selon les militants du DAL (Droit au logement), les familles bénéficieront « d’une semaine et demie dans un hôtel ». « C’est ça la méthode Kärcher. On ne traite pas un problème social par la force », dénonce le maire socialiste du XIVe.


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