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septembre 2005

Lifting pour le nouveau rapport Bénisti

dimanche 30 octobre 2005 par AL

Toutes les réactions - multiples - qu’avait provoquées le 1er rapport Bénisti n’ont enrayé ni le processus en cours ni le mandat donné à l’individu en question.
En ayant pris cette fois la précaution d’éviter fautes d’orthographe et de syntaxe, et propos trop directement discriminatoires, ce rapport reprend sur le fond la même logique de pensée, les mêmes cibles, les mêmes propositions et ce dans un cadrage officiel :

Rapport de la commission prévention du groupe d’étude parlementaire sur la sécurité intérieure

Présidé par Jacques Alain Bénisti

Député du Val de Marne

Sur la prévention de la délinquance rapport définitif destiné au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire Nicolas Sarkozy

Le moteur de ce rapport n’est évidemment pas la lutte contre les inégalités socio-économiques parce qu’elles sont injustes, mais, quand elles sont évoquées, parce qu’elles sont potentiellement productrices de délinquance.
Et les mesures de “prévention” envisagées pour les populations visées - toujours en forte corrélation avec l’immigration - sont évidemment plus justifiées par “l’ordre social” que par “la justice sociale”.

Commentaires

- Des considérations générales...
...dans l’air du temps, prenant rapidement en compte le “respect” réclamé par
les jeunes en question et allant même jusqu’à déclarer "La plupart de nos interrogations légitimes supposent comme préalable de mettre au coeur de la politique de prévention l’accès à un emploi, au double sens d’un statut professionnel et d’un revenu et de ce qui en découle, à savoir l’accès à un logement et ainsi d’être en mesure de s’assumer en tant que citoyen.”
Le comment faire pour réaliser ce préalable ne relevant pas de ce rapport, cela permet tranquillement de passer à autre chose et d’affirmer qu’après le volet répressif couvert par les lois Sarkozy , “lois attendues par nos concitoyens”, “bon nombre de Français attendent avec impatience” le volet préventif initié ici par le même Sarkozy.

- Du passé faisons table rase...

Sur les six principes posés en préalable, un postulat justifie à priori toutes les propositions :

“admettre que tous les plans de prévention engagés ces dernières années ont échoués, et donc accepter de rompre définitivement avec ces derniers.”

...au retour des vieilles lunes de la pensée ultra-droite
Les mots ont à peine changé.

Sous couvert de dépistage précoce, le mauvais élément pointe son nez, dès les premières années, avec son “instabilité émotionnelle” (dont une des caractéristiques citées est la “non maîtrise de notre langue” !), son “rejet de l’autorité”, puis ses mauvaises fréquentations (le “phénomène de bandes”, ses copains, ses parents démissionnaires et bien sûr la consommation de drogue et d’alcool.

La “prévention” ne peut donc passer que par la mise au travail le plus tôt possible “l’obligation de scolarité jusqu’à 16 ans n’est pas dans ce cas précis fait pour améliorer la situation”, la revalorisation du “mérite”...et le sport “l’entraîneur deviendra alors un exemple d’identité positive pour l’adolescent.”.

Le tout dans un cadrage institutionnel qui permette un contrôle permanent des jeunes et de leur famille, du plus local (PMI, école, commune), avec l’appui de la vidéo-surveillance “notamment dans les lieux sensibles : lieux de cultes  et de la “redéfinition du secret partagé entre les travailleurs sociaux et le maire : le partage des informations entre acteurs de la prévention sera autorisé et encouragé.”, au plan national par la création d’un conseil national de prévention de la délinquance chargé de coordonner l’ensemble des actions.

Non, et pas d’angélisme non plus face aux manifestations des problèmes, ni d’adhésion à une conception du genre humain naturellement bon !
Mais il s’agit là du discours d’une politique.

Difficile de se positionner autrement face à cette pensée populiste qui plonge dangereusement dans les logiques qui ont servi de base à des élaborations de style national-socialiste.
Certains/nes, au nom de la bonne volonté et du bon sens, peuvent se risquer à isoler du tout certaines propositions, parce que, après tout, ce serait peut-être mieux.

Et c’est là le danger essentiel et la force du populisme.

Car à qui s’adressent ces mesures “attendues avec impatience par bon nombre de français” ?
Les “classes dangereuses” sont de retour, elles sont simplement un peu plus colorées qu’au moment de l’apparition de cette expression.
C’est là bien sûr que nous devons développer le plus d’énergie pour argumenter sur le fond.

- parce que le dépistage précoce n’a de sens positif que dans le respect des différences de rythmes, l’accompagnement des apprentissages de tous et non dans la stigmatisation de “difficultés” qu’il faut “combattre”...avec inscription au dossier pour traçabilité de l’individu,
- parce que l’important dans le développement d’un petit enfant est de bien parler une langue, banalement pour tous/tes la langue maternelle et non pas “notre” langue, évidemment nécessaire ; mais cette formulation sans détour ni nuance s’inscrit une nouvelle fois dans la négation de tous les constats sur les bienfaits du bilinguisme et surtout dans le rejet de l’identité de ceux à qui elle s’adresse,
- parce que s’il y a scolarité obligatoire, elle doit être assumée positivement pour tous/tes,
- parce que s’il doit y avoir “2ème chance”, il faut dans le même temps mettre en place les éléments qui vont permettre qu’à l’avenir, tous/tes aient la 1ère,
- parce que si “l’internat peut être le moyen d’échapper à des conditions de vie trop défavorables aux études”, il faut aussi se poser la questions de ces “conditions de vie”,
- parce que la vidéo-surveillance ...
- parce que “le partage des informations entre acteurs de la prévention” dans des projets qui nous considèrent tous comme acteurs de la prévention, non seulement “autorisé”, mais aussi “encouragé”, est un énoncé qui installe, légalise et promeut la pratique de la délation,
- parce que l’activité physique ne doit être qu’un instrument de développement et de plaisir personnel et collectif et non une arme au service de l’ordre social,
- parce que quand on est au pouvoir politique, il ne suffit pas d’écrire qu’il faut un emploi et un logement “pour être en mesure de s’assumer en tant que citoyen” sans préciser de quel emploi, de quel logement... et sans prendre les décisions politiques pour aller vers...
- et parce que le maire - mandat électif et non profession - installé comme grand centralisateur local de toutes ces visées préventives et répressives devient l’instrument de la mise en place de cette politique populiste et le détenteur de pouvoirs exhorbitants sur la population de sa commune.

Probable que la loi va suivre, “attendue avec impatience par bon nombre de Français” en s’appuyant sur la peur orchestrée et cultivée de ces derniers mois.
Le maillage est déjà en place.
Et il suffira peut-être d’à peine une génération pour que tout ça semble “normal”...jusqu’à la prochaine flambée.

Huguette Cordelier

Ce rapport existe en pièce jointe, à lire attentivement.


titre documents joints

Synthèse du rapport benisti

16 décembre 2005
info document : PDF
97.1 ko

Texte intégral


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