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France 2

Emploi : après les jeunes, les seniors

mardi 17 janvier 2006 par AL

Dominique de Villepin veut encourager les salariés à travailler après 60 ans en favorisant le cumul emploi retraite

L’avant-projet du plan pour l’emploi des seniors a été discuté cet après-midi par les partenaires sociaux.

La France est en queue de peloton en Europe pour le taux d’activité des 55-64 ans, avec 37,3% en 2004, loin de l’objectif de 50% fixé par le Conseil de Stockholm pour 2010.

Les mesures pour les seniors

Parmi les mesures figurant dans l’avant-projet du plan senior, discuté mardi par les partenaires sociaux :

- élargissement des possibilités pour les faibles revenus de cumuler emploi et retraite, en relevant le plafond actuel, correspondant au dernier salaire d’activité, constatant que "cette limite est défavorable aux salariés modestes".

(Environ 300.000 personnes cumulent actuellement emploi et retraites, selon une estimation du Conseil d’orientation des retraites. Le dernier chiffre connu date de 1995, où 285.000 personnes cumulaient emploi et retraite, dont 180.000 salariés.)

- les seniors qui travaillent au-delà de l’âge légal de la retraite verront leur pension augmenter un peu plus qu’actuellement.

Depuis le 1er janvier 2004, dans le cadre de la réforme des retraites, les salariés ayant cotisé au-delà de l’âge légal de la retraite et bénéficiant de 40 annuités ont droit à une pension surcotée (actuellement de 3% par année de travail supplémentaire).

- la retraite progressive sera favorisée. Il sera permis de travailler à mi-temps à partir de 60 ans tout en commençant déjà à toucher une partie de sa retraite.

- création d’un CDD de 18 mois maximum, renouvelable une fois (soit 36 mois, le double de la durée normale) réservé aux chômeurs de plus de 57 ans.

- suppression progressive de la contribution Delalande, taxe payée par les entreprises qui licencient un salarié de plus de 50 ans, considérée comme un frein à l’emploi des seniors.

- le recours aux cessations anticipées d’activité sera limité. Le projet met un terme progressif à la possibilité ouverte aux branches de négocier des accords abaissant l’âge de mise à la retraite.

Le plan englobe aussi des mesures sur la formation, la gestion prévisionnelle des carrières, la réinsertion des chômeurs âgés, à qui seront réservés 20.000 contrats initiative emploi (CIE) sur les 50.000 prévus en 2006. Il sera soumis à l’arbitrage du Premier ministre début février, puis lancé lors d’une conférence sur les seniors mi-février. Une campagne de communication va être lancée courant 2006 pour "combattre les préjugés" du grand public et des employeurs.

La CGT a dénoncé les mesures annoncées par le Premier ministre sur l’emploi des seniors, notamment le CDD renouvelable qui risque de "précariser les salariés âgés", et jugé "inacceptable" la "méthode gouvernementale". "Pour l’essentiel, le plan consacrerait la précarisation des salariés âgés. Les seniors n’auraient plus le droit à un véritable emploi."

Emploi des jeunes : les mesures

Dominique de Villepin a annoncé lundi la prochaine création d’un "contrat première embauche" pour les moins de 26 ans.

Ce contrat, qui concernera les entreprises de plus de 20 salariés, sera assorti d’une période d’essai de 2 ans, comme le contrat nouvelle embauche (CNE), mais aussi de "garanties", a affirmé le Premier ministre.

Détails du contrat première embauche

- Avec le contrat première embauche, "le jeune sera naturellement rémunéré comme n’importe quel autre salarié", a précisé le Premier ministre, comme pour désamorcer par avance tout rapprochement avec le "contrat d’insertion professionnelle" (CIP) présenté en 1994 par le gouvernement Balladur. Rebaptisé "Smic jeunes" par l’opposition et les manifestants, il avait dû être abandonné compte tenu du tollé qu’il avait provoqué.

- Pendant la période d’essai de deux ans, l’employeur pourra mettre fin au contrat sans justification.

- S’il est licencié plus de quatre mois après la signature du contrat, le jeune touchera, en plus de l’indemnité de rupture, une allocation forfaitaire de 460 euros par mois pendant deux mois.

- Le "droit individuel à la formation" sera ouvert dès le deuxième mois dans l’entreprise et le Locapass, formule d’aide de l’Etat qui offre un étalement du paiement de la caution pour le logement sera "systématiquement" proposée à la signature du contrat.

Dominique de Villepin a présenté le "contrat première embauche" comme "une entrée directe dans un emploi stable".

Le taux de chômage des jeunes s’élève à 22,8%, soit plus du double de la moyenne nationale.

Contrat première embauche : réactions

Le Premier secrétaire du PS François Hollande a dénoncé "l’éclatement du droit du travail" et qualifié le "contrat première embauche" de "sous-contrat" avec un "sous-salaire", une "sous-sécurité" mais "une vraie précarité.

La présidente de l’Unedic, Annie Thomas (CFDT), a critiqué mardi sur France Inter le Contrat première embauche (CPE) proposé par le Premier ministre, estimant qu’il rajoutait "une forme de précarité" dans l’emploi des jeunes. "On devrait tout faire aujourd’hui pour que l’emploi des jeunes soit fiable, sûr, qu’il leur permette d’avoir des projets."

Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault affirme que les mesures Villepin concernant l’emploi sont "destinées à faire éclater le droit collectif", le gouvernement profitant de la "division syndicale actuelle", dans une interview au Monde daté de mercredi.

Pour Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT, "sous prétexte d’améliorer la situation des jeunes, le Premier ministre leur propose un seul contrat de travail excessivement précaire qui est le contrat nouvelles embauches (CNE). J’y vois-là une aggravation de la précarité des jeunes." 

Le président de l’UDF François Bayrou a affirmé mardi qu’avec le contrat première embauche à destination des moins de 26 ans, le gouvernement "met en place un contrat de précarité absolue pour les jeunes". Ce nouveau contrat "ne va pas dans la bonne direction", a ajouté François Bayrou sur RTL, en estimant en outre que ce n’est pas le rôle du Premier ministre "d’inventer un contrat de travail".

Alors que le taux de chômage global baissait de 0,6 points entre mars et novembre, celui des jeunes n’a baissé que de 0,3 points.

Depuis avril 2002, le taux de chômage à globalement augmenté de 0,7 point, celui des jeunes de moins de 25 ans a grimpé de 3,8 points.

Les jeunes sont parmi les premières victimes du chômage : près de 23% d’entre eux sont touchés, et jusqu’à 40% dans certains quartiers, contre 9,6% pour l’ensemble de la population active.

Les diplômes ne sont pas une garantie pour trouver un emploi mais les jeunes les plus fragiles restent ceux qui sortent de l’école sans qualification.

Médiatisés grâce à la rébellion de jeunes lassés de multiplier les stages en entreprise, les diplômés peinent aussi, mais dans une moindre mesure, à trouver un emploi.

Le taux de chômage d’un jeune à bac + 3, ou plus, a baissé de 9,10 % de novembre 2004 à novembre 2005, selon l’ANPE, contre une baisse de 3,5 % pour un jeune de niveau troisième.

Le CNE est un contrat à durée indéterminée avec une période d’essai de deux ans réservé aux entreprises de moins de 20 salariés. Il a été créé lors de la première phase du plan emploi de Dominique de Villepin en juin dernier. Il est contesté par les syndicats et la gauche qui y voient un nouvel instrument de précarisation des salariés.

A ce jour, 280.000 CNE auraient été signés en France, selon une étude du cabinet Fiducial.


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