AGI !
Allemagne, Grèce, Espagne, Portugal, Mexique ...

Le CPE vu d’ailleurs.

Divers articles relatifs au CPE ...
mardi 28 mars 2006

Des articles favorables aux étudiants en grève et critiques face au CPE en Europe et ailleurs dans le monde ...

D’Allemagne : Heureusement que les Français sont là !

Les défenseurs du libéralisme expliquent que la contestation a des origines spécifiquement françaises. Ce n’est pas faux : mener une politique de l’emploi sans dialogue social ni débat parlementaire est spécifiquement français et autoritaire.

Mais cela ne peut faire oublier que les Français se battent non seulement contre la méthode, mais aussi contre le contenu. En ce sens, ils s’opposent à une politique européenne qui redistribue de bas en haut, anihile les conquêtes sociales et vide de sa substance le droit du travail. Alors que les changements de régime en Allemagne sont le fruit de guerres perdues ou de Mur effondré, les Français, eux, les provoquent. Dans les phases critiques, ils se souviennent des luttes passées.

Le seul fait qu’ils aient le courage de partir seuls à la bataille mérite l’admiration. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer. Dommage qu’ils soient encore isolés.

Dorothea Hahn
Die Tageszeitung

DE LA PRÉCARITÉ ET DU MODÈLE FRANÇAIS
De Grèce : Grâce à vous, étudiants français ?

Dominique de Villepin a son sosie ici, en Grèce. La mesure proposée en France, qui favorise les licenciements non motivés, a été votée par l’Assemblée nationale grecque à l’été 2005. Personne n’a alors réagi, mais la précarité était installée.

Aujourd ?hui, les étudiants français envoient un message qui traverse les frontières et s’adresse à nos dirigeants qui prévoient de mettre en œuvre une politique de rigueur néolibérale. Pour les étudiants grecs, le climat social justifie une contestation générale. Les jeunes veulent s’appuyer sur l’initiative française pour demander le retrait des mesures draconiennes de diminution du coût des heures supplémentaires et d’extension des horaires de travail qui ont précédé la réforme.

Les étudiants ont déserté les universités ces jours derniers, et un appel à manifester a été lancé pour le 23 mars. Grâce au message des Français, les jeunes Grecs se sentent prêts à lutter à leur tour contre les manigances des politiques sur le plan social. Le gouvernement grec craint à présent une grande mobilisation des travailleurs et des étudiants. Il a d’ailleurs pris ses distances avec M. Kyriakopoulos, le président des industriels de Grèce, qui a provoqué un tollé en apportant son soutien au Premier ministre français, ce qui lui vaut depuis le surnom d’ "Odysseas de Villepin". Plus qu’une inquiétude pour la précarité, les étudiants grecs se mobilisent pour leur avenir. Ils envisagent même de porter l’affaire devant l ?Union européenne et demandent pour cela le soutien des autres pays européens.

Christos Mega
Eleftherotypia

D’Espagne : Trahison

Les derniers événements viennent confirmer les pires soupçons que l’on avait sur l’étape finale de la présidence de Chirac. Une étape qui a débuté par l’immense fiasco du rejet de la Constitution européenne, s’est poursuivie avec la vague de violence dans les banlieues à l’automne dernier et commence maintenant à ressembler à une agonie. Chirac a entraîné Villepin dans ses contradictions. En tentant de faire passer une loi qui facilite soi-disant l’accès des moins de 26 ans au premier emploi mais permet aux employeurs de licencier sans motif, le président et le Premier ministre trahissent, aux yeux de larges pans de la population, un modèle social français dont ils disaient vouloir assurer la défense et la continuité.

El Païs

VU DU PORTUGAL - Tant de motifs pour aller crier dans la rue

La jeune psychologue portugaise Joana Amaral Dias, choquée par le mépris dans lequel on tient les jeunes, se place résolument dans leur camp.

Crédits étudiants, tarifs réduits, Carte jeunes ? une kyrielle de privilèges !

Pour les partisans du marché, le torrent humain qui a investi les rues françaises ne comprend pas que le CPE, qui permet le licenciement sans motif des moins de 26 ans pendant leurs deux premières années de travail, est une aubaine. C’est la solution au chômage des jeunes.
Et les commentateurs n’ont pas manqué qui ont devisé sur l’utopie et l’ignorance de ces Français : s’ils lisaient les journaux, ils verraient que, sans le CPE, ils n’auront pas de travail du tout, ils comprendraient qu’on va combattre le chômage en créant plus de chômage.

Ces partisans du CPE ne doivent pas avoir lu, cependant, les divers rapports montrant que cette mesure ne fera qu’augmenter le chômage des jeunes et ne contribuera d’aucune façon à en combattre les causes. Et, quand ils les ont lus, ils en concluent qu’on devrait l’appliquer à tous. Tous, jeunes et vieux, devraient être sujets au licenciement non motivé. Au moins les choses seraient claires ?

Ce que les anti-CPE contestent, c’est cette scission entre les âges qui n’octroie de droits qu’aux plus de 26 ans. Mais leur contestation est aussi une lutte contre la légitimation du fossé entre les générations, contre la précarisation du travail, contre la discrimination et l’individualisme. Le CPE ne valorise ni le mérite ni l’efficacité. Il s’en remet au libre-arbitre d’un quelconque patron. Cette vague de contestation s’appuie, évidemment, sur un questionnement social de fond, plus ample. C’est l’exclusivité du marché que l’on interroge ici ; et ce sont de nouveaux intérêts publics qui se dessinent. C’est bien pour cela que l’alliance des jeunes et des syndicats a pu jouer et que la solidarité a pu s’opposer à cette mesure de capitalisme sauvage. Le CPE est une attaque contre les attentes des jeunes, contre la possibilité de voir leurs projets se réaliser. Bien sûr, ceux qui " beaucoup sont d’anciens soixante-huitards " applaudissent au CPE diront que les jeunes sont d’irresponsables enfants gâtés : ils restent chez leurs parents jusqu’à 30 ans, n’ont d’enfants qu’après 35 ans, etc. Franchement, ça donne envie de sortir dans la rue et de crier.

Joana Amaral Dias
Diario de Noticias

AU MEXIQUE : Les deux France dans un combat crucial
La Jornada

L’explosion, fin 2005, des jeunes français des banlieues descendants d’immigrants a effrayé le gouvernement, mais a aussi donné de la marge pour que le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, candidat potentiel à la présidence avec un projet fasciste, essaie de diviser les jeunes étudiants et travailleurs des victimes du chômage et du racisme et tente de canaliser vers la répression policière et le racisme les protestations de plusieurs secteurs - y compris des ouvriers et des classes moyennes pauvres - face à l’incendie de leurs voitures ou de leurs ateliers et commerces par leurs voisins désespérés et poussés à la violence. La nouvelle loi sur le Contrat de Première Embauche est, en effet, une claire provocation, parce qu’elle réduit l’âge pour abandonner l’école de 16 à 14 ans y supprime toute protection pendant deux ans aux moins de 26 ans, lesquels pourront être licenciés sans indemnisation, justification ni préavis pendant cette période d’essai, au cours de laquelle ils seront à la merci du patron. Les plus marginalisés des exploités entre 14 et 26 ans (c’est-à-dire entre la puberté et l’âge où l’on forme une famille) pourront avoir des emplois s’ils acceptent n’importe quel salaire, s’ils ne se syndicalisent pas, sont soumis et collaborent à baisser ainsi les salaires et la sécurité de l’emploi des plus de 26 ans.

Sarkozy-De Villepin, bien qu’ils se disputent l’investiture de la droite, sont d’accord en ce qu’ils veulent inclure dans leur schéma un sous-prolétariat, pour diviser les ouvriers et les étudiants et réduire les salaires réels. Ceci, ils le savent parfaitement, n’est pas possible sans casser la résistance de la majorité de la population et sans imposer la répression généralisée. C’est pour cela que les manifestations qui se succèdent et la grève générale de mardi, non seulement sont contre une loi sauvage qui fait revenir à la fin du XIX, mais marquent la croissante résistance politique contre l’unique voie qui reste au capital : la fascisation, la "guerre préventive", cette fois-ci pas uniquement en dehors de l’Europe mais au sein de l’Europe même et contre les travailleurs, les étudiants, la démocratie et les traditions républicaines elles-mêmes qui caractérisent la France. No pasarán !

La France entre sur le terrain de Bush et de l’establishment des Etats Unis, qui avec son racisme, ses lois anti-immigrants, son Patriotic Act, son fondamentalisme anti-islamique et son "choc des civilisations", ses prisons et ses tortures, prépare une profonde modification dans un sens fasciste de la société étasunienne. La France de la Liberté, Egalité, Fraternité1, avec Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin se transformerait en la France des inégalités sur des bases racistes, de la suppression des libertés traditionnelles et des conquêtes de la civilisation, de l’oppression infâme contre les classes des travailleurs, qui comprend les jeunes chômeurs. La France bushiste sort la tête du terrier et l’autre France, républicaine et socialiste, se dresse pour l’affronter.

Les enfants des travailleurs manuels et les classes moyennes pauvres manifestent dans les rues au côté des beurs1 et autres descendants de l’immigration récente, ces français discriminés et opprimés qui ne peuvent s’intégrer dans une société qui les considère comme un corps étranger. En fait, la lutte contre la loi veut en finir avec le travail précaire que l’on propose à ceux-ci et veut garantir, pour ceux qui sont moins mal, un minimum de sécurité. Mais ce qui domine dans les deux secteurs, ce ne sont pas les différences d’intérêt et de situation, mais la haine commune contre le racisme (qui est aussi anti-jeune) et contre la répression, la brutalité et l’arbitraire de Sarkozy et de ses CRS. Parce que y compris chez les étudiants et les jeunes ouvriers, la haine du travail précaire et des aléas du marché de l’emploi est l’une des motivations principales (bien que Negri pense le contraire en soutenant que les jeunes refusent le travail stable et la discipline associée).

Ce qui est sûr c’est que les ouvriers, les étudiants, les immigrés et les chômeurs sont unis contre la tentative fasciste qui veut opposer entre eux les secteurs opprimés et exploités en créant des barrière de couleur, de race, de langue, de statut ou de religion et créer une France à trois vitesses, avec des couches sociales bien définies horizontalement.

Nous ne sommes pas devant un nouveau 68, parce que celui-ci s’est produit pendant une période de prospérité qui a donné les bases d’un mouvement libertaire des classes moyennes et, surtout, des étudiants, mais dans le champ des libertés, de la famille, de la structure politique nationale et, parallèlement, mais sans connexion profonde avec le premier, d’un mouvement ouvrier qui occupait les usines non pour en réclamer la propriété au capitaliste, mais pour obtenir des revendications reléguées depuis les années 30 du Front Populaire socialo-communiste et, de plus, reconquérir des lambeaux de démocratie syndicale face aux appareils bureaucratiques, comme celui de la CGT. Ce mouvement a toutefois un trait commun avec celui de 68 : la France plébéienne cherche, comme toujours dans ce pays exemplaire, le fonds politique de cette question et lui donne une réponse objectivement politique, radicale. Le mouvement actuel a aussi comme consigne - lien entre les banlieues et les étudiants et travailleurs - de faire que De Villepin et Sarkozy ravalent leur loi et démissionnent. Ceci pourrait apporter de l’eau au moulin des socialistes et d’une candidature unique de gauche, mais les manifestants ne comptent pas, pour l’instant, changer les choses dans les urnes et les institutions mais, selon la tradition française, dans les boulevards et les combats de rue, en opposant la légitimité des objectifs populaires à la législation fascistoïde et le pouvoir de fait au pouvoir des puissants de Matignon et de l’Elysée. Solidarité avec le peuple français dans sa lutte anti-fasciste !

Guillermo Almeyra
La Jornada, Mexico, du 26 mars 2006
Traduction : Philippe Lesage


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