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L’Éducation nationale vend les produits de Microsoft dès la maternelle

dimanche 11 juin 2006

L’APRIL constate que le ministre de l’Éducation nationale, via la Délégation aux Usages de l’Internet, sert d’alibi à une opération commerciale de la société Microsoft. La campagne nationale sur la sécurité informatique lancée le 6 juin revêt en effet toutes les caractéristiques d’une telle action, d’autant plus qu’elle coïncide avec le lancement de la suite sécurité de Microsoft et réutilise la charte graphique de cette société. [1]

Le président de Microsoft France a ainsi annoncé à la Sorbonne, entouré de mascottes de l’opération arborant toutes le logo du système Windows, que cent cinquante employés de son entreprise allaient se rendre dans les écoles, y compris les maternelles, pour « porter la bonne parole sur la sécurité informatique », soit clairement promouvoir les logiciels Microsoft.

Des centaines de milliers de kits pédagogiques - où les logos et les marques de Microsoft sont omniprésents - seront de plus distribués, toujours sous l’égide du ministère de l’Éducation nationale. Le site protegetonordi.com, partial et partiel, lancé pour l’occasion invite lui directement les parents à utiliser des produits Microsoft, à s’abonner à MSN Premium ou à donner de l’argent de poche à leurs enfants pour qu’ils se rendent sur MSN Music. [2]

L’absence de toute référence au logiciel libre est toute aussi choquante que ces actions de propagande et de publicité. Les qualités des logiciels libres en matière de sécurité informatique sont largement reconnues, tout comme leur apport à la diffusion du savoir et de la connaissance, caractéristique qui aurait dû en toute logique intéresser le ministère de l’Éducation nationale. [3] Mais la domination de Microsoft dans cette opération est totale (aucun autre éditeur de logiciels propriétaires n’y étant plus associé depuis le retrait de Symantec).

L’APRIL dénonce donc avec force une opération mercantile qui n’a pour autre objectif que d’accompagner le lancement de produits Microsoft et de capturer du « temps de cerveau disponible » directement dans les écoles. « Il est tout simplement écoeurant que la protection de l’enfance soit instrumentalisée à de telles fins avec l’accord du ministère. La surenchère promotionnelle qui se dégage de cette opération nuit clairement aux ambitions affichées de prévention et de pédagogie sur la question de la sécurité informatique, par ailleurs essentielles » déclare Benoît Sibaud, président de l’APRIL.

L’APRIL appelle dès lors les parents d’élèves et les enseignants à systématiquement rappeler aux enfants l’existence d’une alternative sécurisée au tout-Microsoft : le Logiciel Libre. Elle demande de plus au ministre de l’Éducation d’annuler la venue des porte-paroles de Microsoft dans les établissements scolaires. Elle met également en garde les enseignants en faisant appel à leur vigilance citoyenne lorsqu’il leur sera demandé de distribuer aux enfants ces éléments publicitaires. Les missionnaires de l’informatique dite « de confiance » [4] doivent rester à la porte. L’APRIL félicite à ce sujet le collectif StopDRM qui a mené devant la Sorbonne une action de sensibilisation sur les risques que fait peser cette informatique sur les libertés individuelles et la souveraineté de l’État. [5]

Enfin, et pour la troisième fois depuis janvier 2004, [6] l’APRIL invite le ministre à « définir une politique de développement de l’informatique dans l’Éducation nationale qui soit libre de toute ingérence commerciale, reprenant en cela la tradition républicaine qui protège le système éducatif ». Elle lui demande donc de ne plus organiser d’opérations contrevenant aux principes de neutralité et de non-consumérisme les plus élémentaires de l’école de la République. Dans les invitations pour la soirée de lancement, le nom de Microsoft figurait comme celui d’un initiateur, au même niveau que celui du ministère et non pas dans la liste des partenaires [7].

Sur le site protegetonordi, on peut lire « une opération organisée par le ministère de l’éducation nationale, Microsoft et leurs partenaires ». À quand une « délégation Microsoft » au Ministère de l’Éducation nationale ?

[1Image avec une flèche pointant sur le logo portée par la mascotte

[2Exemple d’incitation à acheter Microsoft

« En restreignant les droits des utilisateurs, NGSCB [la plateforme “informatique de confiance” des membres du Trusted Computing Group] donne un droit de regard aux constructeurs de matériels et de logiciels de l’usage fait des oeuvres des ordinateurs personnels. Cette émergence d’une informatique dite de confiance conduirait un nombre très limité de sociétés à imposer leur modèle de sécurité à la planète en autorisant ou non, par la délivrance de certificats numériques, les applications à s’exécuter sur des PC donnés. Il en résulterait une mise en cause de l’autonomie des individus et des organisations, une restriction des droits de l’utilisateur sur sa propre machine. Cela constitue une menace évidente à la souveraineté de l’Etat. »

[3Citation extraite du rapport « Sécurité des systèmes d’information, un enjeu majeur pour la France » remis, le 13 janvier 2006, au Premier ministre par Pierre Lasbordes.

[4Communiqué de presse mettant en garde au sujet des projets Palladium et TCPA : Informatique de confiance ou informatique déloyale ?

[5Citation extraite du rapport parlementaire « Les outils de la politique industrielle » adoptée à l’unanimité par la commission des finances de l’économie générale et du plan

« L’industrie du logiciel et les flux financiers qu’elle draine restent aux mains de quelques grands éditeurs, principalement américains. L’éclosion d’une industrie du logiciel libre permettrait à l’Europe de reprendre l’initiative en la matière, et de laisser mûrir un potentiel industriel, économique et social en pleine expansion. La maîtrise de l’information et des systèmes d’information est un enjeu essentiel. Les logiciels propriétaires, contrairement aux logiciels libres, ne permettent pas aux utilisateurs de maîtriser les outils informatiques. Ce défaut de maîtrise est évidemment critique dans certains secteurs sensibles ».

Tract distribué devant la Sorbonne par le collectif StopDRM :
« INFORMATIQUE DE CONFIANCE » Plus de contrôle pour plus de confiance ?”

[6Communiqués de presse demandant que soit respecté la neutralité commerciale à l’école : La neutralité commerciale de l’école publique est-elle soluble dans le numérique ? Pour une véritable politique de développement du logiciel libre dans l’éducation nationale

[7Version PDF de l’invitation à la soirée de lancement de la campagne.

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