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jeudi 10 août 2006

Monsieur Delanoë n’aime pas les tentes

par Koch, sur Agora Vox
dimanche 13 août 2006

Le maire de Paris, la ville des lumières, trouve que les tentes des SDF ternissent son image. Le gouvernement partage son avis. Pourtant ils ne sont pas du même bord. Officiellement.

La médiatrice nommée par le gouvernement pour régler le problème des SDF à Paris, Agnès de Fleurieu a préconisé mercredi de débloquer « un financement de 7 millions d’euros » pour l’hébergement d’urgence des sans-abri en Ile-de-France et dans la capitale.

Cela me choque.

L’appellation d’hébergement d’urgence me choque. La dernière fois que je suis allé aux urgences à Paris, il y a moins d’un mois, la sortie s’est faite environ 4 heures après l’arrivée. C’est long. La nuit était là, nous étions las, et nous avons estimé que ce n’était pas la peine d’attendre plus longtemps. Nous sommes revenus à la maison dormir quelques heures et c’est le médecin de famille qui a donné sa consultation.

Donc le mot "urgence" n’a pas vraiment la même acception suivant que l’on est administré ou administrant. Et je souhaite bien de la patience pour les futurs hébergés d’urgence.

La médiatrice propose notamment « l’ouverture toute l’année et 24h/24 des lieux d’hébergement d’urgence" ». L’administration vient de découvrir que la vie continue en dehors des heures de bureau et des jours de semaines. Mais oui, chère, un clochard a besoin de s’abriter les jours d’intempérie.

D’ailleurs on ne dit plus clochard, chère, on dit SDF. Hier ils portaient ce nom commun qui évoquait ce qui cloche. Ce qui clochait, c’était eux évidemment, les asociaux qui ne s’inséraient pas dans la société par refus ou par laisser-aller. Aujourd’hui, on les affuble d’un sigle, entre SDE - ACM SIGSOFT symposium on Software Development Environments et SDH - Synchronous Digital Hierarchy. Sont-ils démunis ! Un sigle de trois consonnes. On leur a même pris les voyelles.

La médiatrice préconise également « une coordination générale des maraudes ». Quand il s’agit d’êtres démunis, le terme de maraude suscite l’image du chapardeur qui subtilise sa nourriture. Pas du tout. La maraude est la tournée des équipes qui partent chaque nuit dans les arrondissements de Paris, à la rencontre de ceux qui dorment dehors et qui ne veulent ou ne peuvent plus se déplacer vers les lieux d’accueil. Cette préconisation sous-entendrait-elle que certains SDF sont sollicités plusieurs fois par des équipes différentes et que d’autres sont délaissés ? Quelle nuit, pour les uns comme les autres ! Les premiers réveillés à chaque passage, les seconds attendant Godot.

En attendant que chaque SDF ait un hébergement, à défaut d’un logement, revenons à nos tentes. Sur les 500 posées cet hiver dans les rues de Paris, 300 ont été distribuées par Médecins du monde. La capitale de la Sixième puissance économique mondiale s’émeut. Paris Plage, oui. Paris Camping, non.

Ah qu’elle est loin l’époque de Jean Yanne qui lançait à la radio que les bidons villes étaient la gloire de la France ou celle de Guy Bedos qui pastichait un maire « je vous avais promis que vous ne verriez plus les bidons ville. C’est fait. J’ai fait construire un mur qui les cache ». Les bidons ville étaient plus corrects. Etablis en périphérie, ils ne gênaient pas la déambulation citadine et ne risquaient pas d’affecter le prix du mètre carré à la vente comme à la location. Et ils n’avaient pas d’incidence sur les élections. Excepté pour élire un curé. Un rouge sûrement. Pas un rose bon teint. Un petit curé en soutane noire qui se faisait appeler l’abbé Pierre.

Article publié sur AGORAVOX


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