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Samedi 30 septembre 2006

Les prétendants pour 2007 à la pesée chez les chercheurs

Par Sylvestre HUET (Liberation)
mercredi 4 octobre 2006

« Fleurance, son festival d’astronomie amateur », vante l’office de tourisme. Ce week-end, il y aura d’autres stars, venues pour un public de scientifiques. Il y aura François Bayrou (UDF), Laurent Fabius (qui devrait en profiter pour officialiser sa candidature à l’investiture socialiste dimanche), Marie-George Buffet (PCF), Dominique Voynet (Verts) et Olivier Besancenot (LCR). Tous candidats déclarés ou potentiels à l’élection présidentielle, ou à l’investiture de leur parti, et invités « en tant que tels », explique Bertrand Monthubert, président de l’association Sauvons la recherche (SLR), à son université d’automne. Manquent à l’appel Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal qui ont déclaré forfait.

« Parler concret ». Le calme champêtre de Fleurance (Gers) peut sembler incongru pour une telle rencontre de haut niveau entre responsables politiques et plusieurs centaines de scientifiques, mais ces derniers en attendent justement « un effet anti-pipolisation, ironise Monthubert, on veut des candidats parce qu’il y a une élection présidentielle, mais on veut parler concret : programmes, propositions, chiffres ». Monthubert voit « de la sincérité » dans « l’acceptation d’un exercice difficile et inhabituel : une heure de questions réponses avec des citoyens qui sont aussi des professionnels d’un secteur très technique ».

Si la gauche est bien représentée, comme l’UDF et les Verts, point de Nicolas Sarkozy, pourtant invité. Son refus de venir à Fleurance, transmis par le secrétariat de son épouse, Cécilia, au prétexte que « le couple était déjà pris ce week-end », est interprété comme « un message politique », estime Monthubert : « Il est solidaire du gouvernement qui a sacrifié la recherche publique et pris le contre-pied complet des recommandations des états généraux. » Difficile d’espérer faire bonne figure devant des scientifiques échaudés. Lui restait l’esquive.

L’existence même de SLR ne s’explique d’ailleurs que par le conflit violent qui a opposé, en 2003 et 2004, une communauté scientifique rarement aussi unie et le gouvernement qui prétend faire un effort « sans précédent » pour la recherche avec la loi-programme votée au printemps. En réalité, l’effort public de recherche se traîne à 0,80 % du PIB contre 1,60 % dans les années 60. Si l’on défalque les crédits spatiaux, le soutien à la recherche industrielle et appliquée, la France ne consacre pas plus de 0,30 % de son PIB à la recherche scientifique de base. Une situation que le budget 2007 « ne va pas modifier », regrette Bertrand Monthubert.
La vie des labos contredit d’ailleurs le propos ministériel. Pourquoi l’Atalante, l’un des principaux navires de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), va-t-il se trouver bloqué à quai durant un mois et demi, alors qu’il est pleinement opérationnel ? Ni l’Ifremer ni les laboratoires qui ont proposé des missions ne peuvent financer son utilisation. Le gouvernement affirme que les laboratoires publics trouvent de nouveaux crédits par le canal de l’Agence nationale de la recherche. Qu’en pensent les scientifiques qui ont vu près de 90 % des projets soumis dans le programme biodiversité ne recevoir aucun subside ?
Si Nicolas Sarkozy préfère éviter le débat, d’autres candidats en espèrent manifestement des retombées positives. Laurent Fabius pouvait craindre la concurrence, mais les faux bonds de dernière minute de Ségolène Royal et de Dominique Strauss-Kahn (encore sur le programme vendredi matin) alimentent les conversations : « Auraient-ils peur de s’engager, voire d’affronter un public exigeant ? » murmure un syndicaliste. Fabius aura le choix entre jouer une musique personnelle ou défendre les propositions de la commission recherche du PS. Cette dernière propose « la création de 5 000 emplois scientifiques publics par an » d’ici à 2012, ainsi qu’ « un effort financier important » dans l’objectif « minimum » des 3 % du PIB.

Pédagogie. Cet afflux de candidats correspond en tout cas à l’objectif que Bertrand Monthubert fixe à SLR pour l’année électorale : « Après la phase de contestation qui nous a montré un soutien parfois inattendu de la population, faisons de la pédagogie, combattons les idées reçues sur la recherche elle serait chère, pas évaluée , dans le public comme chez les responsables politiques pour que la nécessité d’une politique beaucoup plus ambitieuse soit partagée. »

Quatre jours plus tard

mercredi 4 octobre 2006, 19h04
Sarkozy promet moyens et autonomie aux universités et chercheurs

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PARIS (Reuters) - Le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, a proposé d’augmenter de 50% les moyens des universités et de 15 milliards d’euros ceux de la recherche et développement au cours de la prochaine législature.

Le ministre de l’Intérieur, qui brigue la succession de Jacques Chirac lors de l’élection présidentielle de 2007, a ébauché les grandes lignes de ce qui pourrait être son programme dans ce domaine, à l’issue d’une convention de l’UMP.

Il a adressé à cette occasion un message en forme de mea culpa à un secteur de la société française souvent en conflit avec les gouvernements de droite, notamment en 2003-2004.

"Nous n’avons jamais été très présents au-delà de quelques personnalités brillantes dans l’université et dans le monde de la recherche", a-t-il dit. "Cette convention veut dire que nous nous sommes réveillés d’une longue et ancienne torpeur (...) Les valeurs qui sont les vôtres, ça tombe bien, sont les nôtres."

"Nous avons fait notre révolution culturelle (...) et nous avons compris que nous avons péché par absence de réflexion, d’investissement personnel, de contact, de dialogue avec des femmes et des hommes comme vous", a-t-il assuré. "La vérité, c’est que la droite républicaine française a longtemps abandonné un milieu, un secteur pourtant capital pour l’avenir de notre pays. Eh bien cette période est terminée."

Nicolas Sarkozy a fait de l’enseignement supérieur et de la recherche en France une "nouvelle frontière" et une "priorité budgétaire" et a proposé "que l’effort de la nation en faveur de l’enseignement supérieur augmente de 50% d’ici à 2012", soit "cinq milliards d’euros (de plus) par rapport à aujourd’hui."

Il a plaidé pour la fin d’un système qui "conduit 45% des étudiants à l’échec" et souhaité que le prochain gouvernement se fixe comme objectif de "donner à chaque jeune une formation supérieure conduisant à un emploi".

Pour ce faire, "il faut renforcer les exigences de l’enseignement scolaire", créer un "service public de l’orientation (...) mieux connecté avec le monde du travail", augmenter les capacités d’accueil de l’enseignement supérieur mais, en même temps, réduire progressivement le financement des filières "sans débouchés", a souligné Nicolas Sarkozy.

AUTONOMIE DES UNIVERSITES, REFONTE DE LA RECHERCHE

"Que des étudiants veuillent persister dans ces filières, c’est après tout leur droit. Mais ce n’est pas le rôle de la collectivité de le financer", a ajouté le président de l’UMP.

Les universités pourraient, de leur côté, "imposer en fin de premier semestre une réorientation aux étudiants dont les résultats seraient insuffisants", a-t-il suggéré.

Il propose de créer par la loi "un statut d’autonomie réelle" pour les universités qui le souhaitent, avec liberté de créer ou supprimer des postes, de choisir enseignants et chercheurs, de les rémunérer comme elles veulent, de choisir programmes et politique de recherche, de gérer seules des unités de recherche, de fusionner avec d’autres organismes, etc.

"Naturellement, l’Etat conservera la mission de déterminer les diplômes nationaux et d’évaluer l’ensemble des universités", a-t-il cependant pris soin d’ajouter.

Parmi d’autres mesures, il propose la création pour chaque français d’un "compte-épargne" crédité d’une vingtaine d’années de formation "rechargeable" et un "effort massif d’amélioration de la vie étudiante", dont la gestion serait confié aux régions.

"Notre recherche va mal", a déploré Nicolas Sarkozy, qui a notamment dit vouloir faire en sorte que les chercheurs français expatriés reviennent en France. Il a souhaité en particulier une relance de la recherche fondamentale dans l’hexagone, condition selon lui pour attirer des financements privés.

En matière de moyens, à défaut de l’horizon 2010, "devenu parfaitement inatteignable, il faut prévoir de porter notre effort de recherche et développement à 3% du PIB en 2012, soit 15 milliards d’euros supplémentaires, dont quatre pour la puissance publique", a-t-il dit.

Cet effort devra être couplé avec "une véritable transformation de l’organisation" de la recherche en France : création de campus de recherche "de niveau mondial" autour des universités et grandes écoles ; transformation des grands organismes de recherche en "agences" chargées de financer des projets en fonction des priorités nationales ; évaluation des projets ; réforme de l’emploi scientifique public, avec revalorisation des bourses et salaires, promotion au mérite, octroi de responsabilités à des chercheurs "même jeunes" ...


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