AGI !
Dans Le Canard Enchaîné du 6 décembre 2006

Pinochet sans frontières

Pavé dans la mare lancé par Jean-luc Porquet
mercredi 6 décembre 2006 par AL

Parfois, en lisant un article, la vue se brouille. Hallucination ? Les images mentales se superposent. Cet article de “Monde” (30/11) http://www.lemonde.fr/ porte sur le Chili. Celui de Pinochet. Le grand homme en train de mourir.

Rappelons-le : le Général Pinochet, grâce à un coup d’état perpétré en 1973 avec le soutien de la CIA, renversa le président Salvador Allende, et régna par la terreur pendant dix-sept ans. Environ 3 000 personnes tuées ou disparues, quelques 28 000 personnes torturées, et des milliers de Chiliens enfuis à l’étranger. Il s’en trouve d’ailleurs qui ont fait leur vie en France, depuis, et s’apprêtent à sabrer le champagne à la mort du Tyran, et s’étonnent que les télé françaises tartinent tellement sur son agonie sans rappeler ses crimes, ses meurtres de masse, cette injustice qui l’a fait échapper à tout jugement, à tout châtiment ...

Revenons à l’article en question titré : “Le poids de l’héritage Pinochet”. On y lit ce constat de Patricia Vertugo, journaliste chilienne : "Nous n’avons pas de presse libre et seulement des journaux de droite, constate la journaliste, tous les médias sont contrôlés, directement ou indirectement, par les groupes économiques les plus conservateurs. Toutes les tentatives pour maintenir un journal plus indépendant ont échoué."
Comme c’est curieux ... Cette phrase éveille en nous d’étranges échos. Quel pays peut bien ressembler à ce Chili encore hanté par Pinochet ?

On poursuit la lecture : Autre séquelle de la dictature : “la faiblesse persistante des syndicats, démantelés jadis par le régime Pinochet : "Seulement 15 % des travailleurs sont affiliés à un syndicat, et le droit de grève n’existe pratiquement pas.”
Tiens, tiens. Plus que le taux de syndicalisation français, qui ne dépasse pas 8% !

La journaliste continue sa description : “ En cas de grève, au bout d’un mois, les patrons peuvent engager d’autres travailleurs." Chez nous, le droit de grève existe, mais pour combien de temps encore ? Sarkosy veut le service minimum dans les services publics, et un vote à bulletins secrets après huit jours de grève ...

“"Le modèle néolibéral légué par la dictature militaire est toujours en place, avec une vingtaine de groupes économiques qui contrôlent 85 % du PIB,” Et chez nous , se prend-on à se demander. Quel pourcentage du PIB contrôlent les grands groupes ?
Bien sûr, il est loin d’être aussi écrasant qu’au Chili, mais comme le jeu favori des majors consiste à bouffer les plus petits que soi, éliminer les concurrents, et s’arroger des monopoles ...

Au Chili, continue Patricia Vertugo, souligne la journaliste, “les hommes d’affaires chiliens continuent de défendre le modèle Pinochet, et les groupes étrangers installés au Chili sont ultra-conservateurs parce que cela sert leurs intérêts."
On s’ébroue, non, nous n’en sommes pas là, le Medef et le fonds de pension étrangers n’iraient pas jusqu’à “défendre le modèle Pinochet”, voyons, nous avons un patronat éclairé, humaniste, attaché aux libertés. La preuve, c’est qu’il tolère encore la Sécu, alors qu’au Chili les caisses du système de retraite “sont entre les mains de quelques groupes privés”

Du coup, le mirage se dissipe. C’est bien du Chili que cet article parlait. Pas de la France d’après. Nous voilà rassurés.

Jean-luc Porquet


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