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11 décembre 2006

Décentralisation : les Français veulent faire marche arrière

Sondage Ipsos
mardi 12 décembre 2006

11 décembre 2006 - Le sondage réalisé par Ipsos pour La Gazette des Communes met en relief une contestation croissante dans l’opinion de la décentralisation. Alors que les Français accueillaient la décentralisation avec bienveillance en 1999, la majorité estime aujourd’hui qu’on est allé trop loin, et qu’il faut revenir en arrière.

Le sondage

Le consensus sur les bienfaits de la décentralisation fait place aujourd’hui à la méfiance et à l’angoisse des Français

Il y a encore quelques années, la décentralisation était accueillie avec bienveillance : en 1999, 39% des Français souhaitaient qu’elle soit renforcée, 39% jugeaient qu’elle avait atteint un niveau suffisant, et seuls 13% indiquaient qu’elle était allée trop loin et qu’il fallait revenir en arrière . Cette situation semble désormais révolue. Déjà plus sceptiques après les lois de décentralisation de 2003 - en octobre, 25% voulaient revenir en arrière, 32% pensaient que la décentralisation avait atteint un niveau suffisant mais 34% pensaient encore qu’il fallait renforcer le processus - les Français se prononcent aujourd’hui clairement en faveur d’un retour en arrière (45%), 31% souhaitant une pause, seuls 18% plébiscitent toujours un renforcement de la décentralisation. Le souhait de marche arrière a ainsi progressé de 20 points depuis 2003 et de 32 points depuis 1999.

Cette progression de la défiance à l’égard de la décentralisation est marquée chez les plus jeunes : une majorité de moins de 35 ans (51%) souhaite revenir en arrière, soit 31 points de plus qu’en 2003. L’opinion de leurs aînés va dans le même sens (42%) mais progresse moins que la moyenne (+15 points). En terme de sympathie partisane, les sympathisants de droite ne sont pas plus favorables à un renforcement de la décentralisation que les sympathisants de gauche (21% contre 20%) alors qu’ils l’étaient un peu plus en 2003 (40% contre 32%). Les personnes proches de la droite appellent désormais de leurs vœux une pause du processus (42% ; +4 points) et de plus en plus un retour en arrière (32% ; +16 points), même si c’est encore dans des proportions moindres que les sympathisants de gauche (45% ; +18 points). En fait, si le projet de décentralisation a été historiquement porté par la gauche à ses débuts, les sympathisants de la gauche s’en dont détachés en 2003, quand Jean-Pierre Raffarin s’est emparé de la thématique. Il était alors davantage soutenu par les sympathisants de droite. Aujourd’hui, même ces derniers sont plus sceptiques, mais pour le moment sans appeler à un retour en arrière avec autant de force que les proches de la gauche.

En terme de niveau d’étude, les personnes les plus diplômées sont toujours plus favorables à la décentralisation : 27% des personnes titulaires d’un diplôme supérieur ou égal à un Bac+3 souhaitent la renforcer, contre 29% qui souhaitent revenir en arrière. En revanche, les personnes non diplômées souhaitent majoritairement un retour en arrière (59%), seuls 17% appelant de leurs vœux un renforcement du processus. Ces différences étaient déjà présentes en 2003, mais elles se creusent : les opinions négatives des personnes sans diplôme progressent de 25 points depuis 2003 (+17 points auprès des personnes les plus diplômées).

On notera à titre de comparaison que la remise en cause de la décentralisation n’est pas le seul fait du grand public. L’étude menée par Ipsos pour Le Courrier des Maires en octobre dernier montrait que seuls 20% des maires (-28 points depuis 2003) plébiscitaient un renforcement de la décentralisation, la majorité estimant qu’elle avait atteint un niveau suffisant (43% ; +9 points) tandis que 26% (+17 points) souhaitaient un retour en arrière.

La décentralisation est désormais une source d’angoisse : les Français redoutent qu’il en résulte des inégalités entre territoires et une augmentation des impôts locaux

Les Français qui souhaitent une pause ou un retour en arrière de la décentralisation invoquent essentiellement le risque d’inégalités entre les différents territoires de la France (32%), devant le risque d’augmentation des impôts locaux (26%), l’insuffisance du transfert de moyens pour accompagner le transfert de compétences (23%) et le manque de clarté des compétences entre différentes collectivités locales (12%). Le discours des collectivités, notamment les régions, sur l’insuffisance du transfert de moyens et sur leur incapacité à assumer financièrement leurs nouvelles compétences sans augmenter les impôts locaux a incontestablement porté. Mais alors que les collectivités locales, dans leurs attaques, ne remettaient pas en cause la décentralisation en elle-même mais incriminaient l’Etat, force est de constater qu’aux yeux des Français c’est l’ensemble du processus qui est questionné.

Dans ce contexte on n’observe pas de mouvement en faveur d’une évolution du système politique français vers le fédéralisme régional. Ainsi, 60% des Français se disent opposés à une telle évolution dont 33% qui le sont même « tout à fait ». A l’inverse, 36% y sont favorables.

Un Français sur cinq trouve qu’il y a trop de communes en France

Interrogés sur les décisions qui ont le plus d’influence sur leur quotidien, les Français mettent en avant les collectivités locales (39%), quasiment à égalité avec l’Etat (36%) et loin devant l’Union européenne (19%). Au sein des collectivités locales les décisions prises par la commune sont celles qui sont les plus mentionnées (21%), loin devant la région (12%) et le département (6%).

Ainsi, le débat sur le trop grand nombre de collectivités en France ne rencontre guère d’écho dans la population française, si ce n’est concernant les 36 679 communes . Sur ce dernier point, une frange limitée mais non négligeable de Français (21%) pense qu’il y en a trop.
Pourtant, la majorité des personnes interrogées (58%) serait d’accord pour que sa propre commune fusionne avec une autre. En revanche, les Français sont moins nombreux à affirmer la même chose pour les départements et les régions . Seuls 12% pensent qu’il y a trop de départements (contre 81% qui pensent qu’il y en suffisamment et 3% pas assez) et une majorité ne se dit pas prête à ce que son département fusionne avec un autre département (54%). Ils sont encore un peu moins nombreux à partager ce point de vue pour ce qui est des régions : 8% estiment qu’il y en a trop (82% suffisamment et 7% pas assez), et 58% ne se disent pas prêts à ce que leur région fusionne avec une autre région.

Près d’un Français sur trois ne connaît pas le nom de sa région

Lorsqu’on leur demande s’ils peuvent citer spontanément le nom de la région dans laquelle ils habitent, deux Français sur trois donnent la bonne réponse (67%), contre 30% qui fournissent une réponse inexacte. Les personnes qui ignorent le nom de leur région citent un nom incomplet, ou encore le nom de leur département ou de leur région « géographique », naturelle. Cette proportion significative de personnes ne connaissant pas le nom de leur région témoigne du faible impact de la région administrative dans l’esprit des Français, pour qui cela ne représente pas une réalité tangible immédiatement identifiable. Notons que les plus jeunes sont plus au fait de l’appellation exacte que leurs aînés : si 34% des plus de 35 ans se trompent, seuls 20% des moins de 35 ans font la même erreur. De même, le niveau de connaissance progresse en fonction du niveau de diplôme : 44% des personnes non diplômées connaissent le nom de leur région, tandis que les personnes titulaires d’un bac+3 au minimum donnent quasiment toutes la bonne réponse (90%).

Christelle Craplet
Chargée d’études - Ipsos Public Affairs


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