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Le capitalisme financier repeint en rose

dimanche 25 mars 2007 par AL

Ségolène Royal vient de se prononcer en faveur d’un « fonds de pension collectif » pour financer les retraites à horizon 2020.

La proposition peut paraître surprenante venant de la candidate socialiste, le fond de pension étant typique des solutions proposées par la droite la plus libérale et il n’est pas sûr qu’y ajouter le terme de « collectif » suffit à en faire une mesure de gauche.

La question du financement des retraites ne se pose d’ailleurs pas vraiment en terme de droite ou de gauche. Il s’agit avant de savoir si le financement proposé permettra ou non de garantir les retraites, et sur qui l’effort reposera, entre les actifs et retraités. De ce point de vue, la proposition de la candidate socialiste apparaît n’être l’une de ses détestables mesures slogans, destinées uniquement à communiquer, qui ne résolvent rien mais qui en revanche peuvent entraîner de graves effets induits. Elle a surtout l’intérêt de nous renseigner sur la vraie nature du parti socialiste, son enfermement idéologique du parti socialiste dans la pensée zéro et sa totale acceptation de l’ordre économique.

Sous une apparence révolutionnaire, cette solution n’a en fait rien de nouveau. Elle a même déjà été mise en œuvre par Lionel Jospin au travers du fonds de réserve des retraites. Ceux qui auraient eu envie de se réjouir de voir Ségolène Royal enfin s’emparer des vrais sujets en seront pour leurs frais. La pensée des socialistes sur le dossier des retraites traduit toujours un encéphalogramme plat. On en est toujours a une réforme Fillon qu’il faut « remettre à plat » et aux recettes de la défunte gauche plurielle qui n’ont produit aucun résultat.

En lui même, ce « fonds de pension collectif » ne résout rien. Il n’est qu’un compte ouvert sur lequel l’Etat peut placer de l’argent. Il était sensé à l’origine être alimenté par des recettes de privatisations, mais les gouvernements suivants ont estimé qu’il y avait des priorités plus importantes, notamment de réduire le déficit budgétaire. Il y a effectivement quelque chose de paradoxal à vouloir épargner lorsqu’on est hyperendetté. C’est exactement comme si l’Etat empruntait pour boursicoter !

L’efficacité du dispositif dépendra donc des choix d’investissement qui seront fait. Si le fonds de réserve des retraites assure l’émergence d’une actionnaire public responsable qui aura pour effet de tempérer la folie des marchés financiers, pour susciter l’investissement, un meilleur partage de la valeur ajoutée entre travail et capital, et développer l’emploi en France, ce serait formidable, une très intéressante mesure « de gauche ». Il ne s’agirait cependant d’une politique de régulation de l’économie et en rien d’un système de financement des retraites, car il est plus que douteux que le rendement d’un fonds d’investissement public responsable, soit supérieur aux intérêts de la dette de l’Etat.

Pour être rentable sur le plan financier, le fonds de réserve des retraites devra nécessairement rechercher le meilleur rendement possible. Il aura donc pour effet de renforcer la pression qui pèse les entreprises pour assurer une rémunération du capital toujours plus importante, le court-termisme, l’écrasement des salaires, les incitations à la délocalisation, bref toutes les folies engendrées par le capitalisme financier ! En injectant quelques milliards de plus sur les marchés financiers, ce fond de pension collectif fera en revanche mécaniquement monter les cours et profitera d’abord aux détenteurs de valeurs mobilières et immobilières.
Collectif ou individuel, un fond de pension reste un fond de pension ! On pouvait peut-être attendre autre chose de la gauche ...

Ce type de mesure arrive en fait beaucoup trop tard. S’il avait été mis en œuvre au milieu des années 80, quand les mesures de libération des marchés de capitaux prises par la gauche ont commencé à faire monter la bourse, le FRR aurait eu un sens. Il aurait été un moyen de provisionner pour les retraites des baby boomer et de faire facilement fructifier cette épargne collective. Mettre en place un tel dispositif, au moment où l’économie mondiale menace de s’effondrer sous l’effet des excès de la finance qui croule déjà sous un excès de liquidités, c’est de la folie furieuse ! Elle ne pourrait qu’accélérer le Krach mondial qui menace.

Enfin, en terme d’équité entre génération, la mesure est tout aussi détestable. Le problème du financement des retraites commence avec la génération du baby boom dont les cotisations pour les retraites de leurs aînés auront été largement insuffisantes pour couvrir les droits auxquels ils prétendent. Cette mesure n’aurait d’effet que dans 15 ou 30 ans pour consolider les retraites des enfants du baby boom. Cette génération paierait donc deux fois ;
- Une première fois payer les retraites des baby boomers dans le cadre de la retraite par répartition
- et une seconde pour ses propres retraites de la cadre de ce système d’épargne collective !

Si tout va bien, si l’Etat sait bien gérer, s’il n’y a pas un Krach des valeurs boursières et immobilières d’ici là ...

Proposition creuse, solution typique de la droite libérale, mesure inefficace, injuste et dangereuse, l’idée lancée cette semaine par Ségolène Royal cumule toutes les tares. Elle nous montre le vrai visage du parti socialiste, un parti qui reste un dévot du capitalisme financier, un parti dont les idées ont 20 ans de retard par rapport aux évolutions du monde, un parti qui reste enfermé dans la pensée unique professée par tous les chiens de garde du système que l’on qualifie abusivement d"’élites", un parti dont la vocation se réduit à gagner des élections avec des formules slogans et des discours creux, mais qui a définitivement renoncé à toute ambition de transformation sociale.


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