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Douste se prend les syndicats de front

vendredi 28 mai 2004 (Liberation - 06:00)
vendredi 28 mai 2004

La réforme des retraites a fait éclater le front syndical. Celle de l’assurance maladie l’a ressoudé. Contre le plan Douste-Blazy. Hier, la CFDT a annoncé, à l’issue de son bureau national, qu’elle appelait à manifester le samedi 5 juin.

Tous les autres syndicats (FO, CFTC, CGC, G10-Solidaires) ont déjà confirmé qu’ils participeraient à cette journée d’action, lancée à l’initiative de la CGT, de la FSU et de l’Unsa. Cette décision a fait débat à la direction de la deuxième centrale syndicale française. « Une fois qu’on a dit qu’on était tous contre le fait de dérembourser un euro par consultation, qu’est-ce qui nous rassemble dans nos propositions ? » interrogeait un responsable, à la veille de la réunion du bureau national. A la base, les militants étaient encore moins chauds pour se retrouver dans la rue le 5 juin avec les gros bataillons de la CGT, alors qu’ils sont depuis un an accusés d’avoir trahi la cause du mouvement ouvrier en soutenant la réforme des retraites. L’affaire des « recalculés » de l’assurance chômage, sans oublier le dossier des intermittents, a encore creusé le fossé entre cégétistes et cédétistes.

Cure d’opposition.

Redescendre dans la rue avec la CGT, c’est aussi reconnaître que, sur le dossier de l’assurance maladie, le syndicalisme de négociation est dans l’impasse. Mais les inconvénients de cet aveu sont largement compensés par les avantages que la CFDT peut retirer en termes d’image d’une cure d’opposition à la politique gouvernementale. « Nous envoyons un message simple », explique un membre de la direction confédérale : « La CFDT soutient une réforme quand elle la juge bonne, et la combat quand elle la trouve mauvaise. »

Le 18 mars, la CFDT avait déjà été tentée par la fronde à propos de l’accord sur l’égalité professionnelle hommes femmes. « Il manque une obligation chiffrée de résultats sur la réduction des écarts en matière de salaire », faisait alors observer François Chérèque. En interne, il avait même plaidé pour que la CFDT ne signe pas cet accord, alors que la CGT venait de l’approuver. Le secrétaire général de la CFDT s’était rallié à contrecoeur à l’avis majoritaire de son bureau national. Celui-ci craignait qu’un geste de mauvaise humeur ne soit interprété comme une provocation par la CGT : la centrale de Bernard Thibault aurait pu, à son tour, être accusée d’avoir « le stylo un peu facile » avec le Medef.

Apaisement.

En clashant sur l’assurance maladie, c’est au contraire la carte de l’apaisement que joue la CFDT. Elle se rallie sans condition à une initiative lancée de longue date par la CGT et ses deux alliés de l’affaire des retraites, la FSU et l’Unsa. « C’est une très bonne chose », n’a pas manqué de commenter hier le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault.

La réconciliation a pris du temps. Pendant quatre mois, Chérèque et Thibault n’ont eu aucun échange, même téléphonique. Le 12 septembre, ils ont déjeuné ensemble pour avoir une « explication franche ». Puis l’affaire des « recalculés » a empêché toute normalisation de leurs relations. Les deux hommes se sont revus il y a seulement dix jours, le 17 mai, à l’initiative de la CGT. Et, hier, ils étaient ensemble en tête du cortège des électriciens et gaziers.

Maladresses.

La position du Medef et les maladresses gouvernementales dans la conduite des négociations sur l’assurance maladie (lire ci-contre) ont accéléré ce rapprochement. La semaine dernière, l’organisation patronale a approuvé le plan du gouvernement en se réjouissant qu’il « renonce à la gestion paritaire syndicats-employeurs de l’assurance maladie », dixit Ernest-Antoine Seillière. Difficile dans ces conditions pour la CFDT, qui assume depuis dix ans la gestion de l’assurance maladie pour les salariés, de prétendre continuer seule à faire du paritarisme. Quant au gouvernement, à la différence de ce qui s’était passé sur les retraites, où François Fillon avait mené une vraie négociation en lâchant à la CFDT d’importantes concessions sur les carrières longues, il prend cette fois à rebrousse-poil l’ensemble des syndicats. Au fil des interventions radiotélévisées de Jean-Pierre Raffarin ou Philippe Douste-Blazy, ils découvrent des mesures comme le relèvement du plafond de la CMU, l’augmentation d’un euro du forfait hospitalier ou la hausse de 0,17 % de la CSG payée par les salariés, dont ils n’ont jamais eu l’occasion de discuter avec les intéressés.

Marginalisation.

A mesure que le plan gouvernemental se précise, la CFDT se rend compte qu’elle est finalement assez peu entendue, en tout cas pas plus que FO ou la CGT, et nettement moins que le Medef. Elle n’a donc plus rien à perdre à faire comme les autres et à défiler dans la rue. « Renouer les fils avec la CGT » est aussi, selon un membre de la commission exécutive, une nécessité pour « reprendre avec elle le dossier de la représentativité ». Les deux organisations ont un intérêt commun à voir se généraliser le principe majoritaire dans les accords sociaux : la CGT parce qu’elle représente un salarié sur trois, et la CFDT parce que cela oblige la CGT à signer les « bons » accords au lieu de laisser les syndicats réformistes les assumer seuls. Et le tout marginalise à terme les petits syndicats.

Par François WENZ-DUMAS

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