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Question de franchise entre Martin Hirsch et Nicolas Sarkozy

RFI : Martin Hirsch, un des symboles de l’ouverture du gouvernement.
mercredi 23 mai 2007 par AL

Mais qu’allait-il faire dans cette galère !

C’est ce que certains murmurent déjà dans l’entourage de Martin Hirsch, ancien président d’Emmaüs France et tout nouveau Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté : nommé seulement la semaine dernière, le voilà déjà en porte-à-faux avec le gouvernement à propos de l’instauration d’une franchise santé, ce forfait annuel de soins que chaque patient devra acquitter et qui ne sera remboursé ni par la sécurité sociale, ni par les assurances complémentaires et autres mutuelles.

Source : http://www.rfi.fr

Car Martin Hirsch est clair : cela ne lui paraissait pas une bonne mesure pendant la campagne électorale, il l’avait longuement explicité sur son blog (martinhirsch.blogs/), et cela ne lui paraît toujours pas une bonne chose. Il l’a redit publiquement ce lundi en réponse à des auditeurs qui l’interrogeaient lors d’une émission de radio, provoquant un certain émoi ; la mesure figure en effet en très bonne place dans le programme du gouvernement où il vient de faire son entrée...

Les systèmes de santé publique (avec l’Etat providence) sont l’une des principales caractéristiques du modèle social européen. Mais l’apparition du célèbre « trou de la Sécu » dans les années 1980 a changé la donne. Alors que pendant 40 ans la seule cotisation des actifs suffisait à financer la santé de tous, aujourd’hui les décideurs doivent résoudre une équation infernale : une population française qui vieillit et qui donc consomme plus de soins, une population active insuffisante pour abonder la caisse d’assurance maladie (notamment en raison d’un trop grand nombre de chômeurs qui ne cotisent donc pas).

Le problème n’est pas typiquement français, et presque tous les pays européens ont pris conscience qu’il fallait associer les patients à la maîtrise des dépenses de santé. Certains ont augmenté le ticket modérateur (Allemagne), la part laissée à la charge du patient mais que souvent les assurances complémentaires remboursent. D’autres ont choisi d’instaurer une franchise (Belgique, Suisse) : une participation forfaitaire annuelle aux soins, non remboursée par la sécurité sociale, non remboursée non plus par les assurances complémentaires. C’est cette solution que Nicolas Sarkozy préconise pour sauver le système français de la faillite.

Une mesure très contestée

Si son programme mentionnait simplement la nécessité de « responsabiliser » les Français pour lutter contre l’augmentation massive des dépenses de santé (www.u-m-p.org/propositions), on commence à en savoir plus sur les détails. La franchise serait quadruple : elle recouvrirait les premiers euros annuels sur les examens biologiques, les médicaments, les visites médicales, et les hospitalisations.

Quel montant ? Rien n’a été officiellement annoncé, le sujet est terriblement explosif à la veille des élections législatives, d’autant que les Français sont très attachés au maintien de leur système de sécurité sociale.

Mais ici et là des chiffres circulent ; cela pourrait être 25 euros par franchise, soit un forfait total annuel de 100 euros, ce qui représente 3 jours de salaire d’un smicard. Il semble que les chiffres pourraient être revus à la baisse ou à la hausse selon les années, pour tenter d’accompagner au mieux les variations des dépenses de santé. 

Et c’est parce que le forfait pourrait représenter de véritables sommes pour les moins fortunés, qui risquent de ce fait de moins bien se soigner, que la riposte a commencé de s’organiser.

Des médecins d’abord ont lancé une pétition (http://www.appelcontrelafranchise.org/), avec à leur tête les médiatiques Martin Winckler et Christian Lehmann, tous les deux médecins et écrivains ; leur appel contre la franchise a déjà réuni quelque 30 000 signatures, dont celle de Ségolène Royal. Pour eux c’est un nouveau pas vers une médecine à deux vitesses, la franchise est un signe de régression sociale, les plus pauvres hésiteront à consulter, et on risque de voir de petits maux mal soignés se transformer en vraies maladies, le contraire d’une bonne politique de santé publique. Des spécialistes ont pris le relais, rappelant que 70% des dépenses de soins étaient le fait de 10% de très grands malades, et que l’instauration d’une franchise ne changerait pas grand-chose à ces frais. Dernier coup de griffe en date, celui donc de Martin Hirsch.

« Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne »

C’était Jean-Pierre Chevènement qui avait prononcé ces mots devenus célèbres pour expliquer son départ du gouvernement lors de la première guerre du golfe, en 1983.

Martin Hirsch devrait-il partir ? D’abord il n’est pas ministre, ensuite il vient tout juste d’être nommé, et sa présence fait partie des signes de l’ouverture vers la gauche et vers la société civile affichée par le gouvernement de François Fillon.

Aujourd’hui l’histoire se termine bien : Roselyne Bachelot la ministre de la Santé a expliqué, après avoir rencontré Martin Hirsch, que l’instauration du forfait serait accompagnée des exonérations nécessaires en cas de situation sociale très dégradée, ce qui ne figurait pas dans le programme de Nicolas Sarkozy.

Et Philippe Bertrand le ministre du Travail a répété qu’« on ne demandait à personne de renier ses idées ». Mais le sujet reste brûlant, on le verra dès demain mercredi : on attend les prochains chiffres de l’assurance maladie, qui, dit-on, sont bien mauvais.

par Catherine Frammery


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