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Arche de Zoé : quand Kouchner jouait avec le feu

Par Rue89 (01/11/2007)
jeudi 1er novembre 2007

http://www.rue89.com

C’était inévitable, l’équipée de l’Arche de Zoé au Tchad relance un débat récurrent sur l’action humanitaire, ses limites, ses contours, et son instrumentalisation par les politiques. Les acteurs de ce débat se connaissent depuis très longtemps, puisqu’ils ont été à l’origine même de l’idée des ONG humanitaires, ce mouvement des "French Doctors", parti de France pour essaimer dans le monde entier.

L’un deux, Bernard Kouchner, est devenu ministre des Affaires étrangères d’un président de droite, et incarne le principe de l’ingérence humanitaire -désormais dans un cadre étatique ; L’autre, Rony Brauman, ancien Président de Médecins sans frontières, garde sa liberté d’intellectuel et de médecin engagé depuis trois décennies dans cette action. Il se montre de plus en plus critique d’un interventionnisme politique qui se cache derrière le concept humanitaire et plaide pour un retur aux sources.

L’affaire de l’Arche de Zoé a ravivé leurs divergences. Depuis des mois, Rony Brauman critique ceux qui agitent le mot de "génocide" au Darfour, -il vise bien sûr Bernard Kouchner- et estime qu’une intervention militaire ne règlera rien. Aujourd’hui il va un cran plus loin, en dénonçant la responsabilité morale de ceux qui, à force de parler de génocide, ont poussé des humanitaires amateurs comme l’Arche de Zoé, à cette action contestable au Tchad et au Soudan qui provoque aujourd’hui une crise complexe.

Pendant longtemps, Brauman comme Kouchner s’accordaient à penser qu’il fallait soigner les victimes là où elles se trouvaient. L’actuel chef de la diplomatie a sans doute illégalement franchi pas mal de frontières internationales et violé les lois de nombreux pays, pour venir en aide aux Kurdes, Cambodgiens ou Ethiopiens en danger. Il a théorisé le droit d’ingérence, qui fait fi des frontières et de la souveraineté lorsque des peuples sont en danger.

Là où le débat s’enflamme, c’est quand Rony Brauman soupçonne Bernard Kouchner de s’être laissé séduire par le discours néoconservateur américain qui brandit l’étendard démocratique pour intervenir aux quatre coins du globe. La guerre en Irak a servi de révélateur du fossé entre les deux courants, ressurgissant avec le cas du Darfour.

Les membres de l’Arche de Zoé détenus au Tchad servent aujourd’hui de prétexte à cette querelle récurrente. L’ancien French Doctor devenu ministre défend désormais la souveraineté des Etats. Il cherche aussi à sauver la force européenne, à forte composante française, qui doit bientôt se déployer dans l’est du Tchad. Mais Rony Brauman lui rappelle qu’hier il a joué avec le feu.

Qu’il s’agisse des querelles idéologiques ou de l’action plus que discutable des amateurs de l’Arche de Zoé, le risque est fort de dégrader durablement l’image des acteurs humanitaires qui, depuis trente ans, ont construit leur légitimité sur le terrain. Personne –et surtout pas Kouchner- ne devrait avoir intérêt à discréditer cet acteur important de la société civile.

Pierre Haski

Edito diffusé jeudi 1er novembre sur Europe1. Retrouvez l’édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.


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