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Vente des "Echos" à LVMH : le silence des politiques

Par Rue89 06/11/2007
mardi 6 novembre 2007

Des journalistes qui manifestent devant l’Assemblée nationale, des journalistes en grève qui empêchent la parution du quotidien économique "Les Echos"... Que se passe-t-il dans l’univers des médias ? Ce n’est pas d’augmentations de salaire qu’il s’agit, mais de la défense d’un principe : l’indépendance des rédactions.

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L’enjeu est illustré par la coincidence, lundi, entre une journée d’action en faveur de l’indépendance de la presse, et le rachat des "Echos" par l’homme d’affaires Bernard Arnault. Les syndicats de journalistes sont allés demander hier aux députés de doter les rédactions d’un statut juridique permettant de garantir leur indépendance. Au même moment, Bernard Arnault concluait le rachat des Echos au groupe britannique Pearson, malgré l’opposition de la quasi totalité des journalistes qui produisent le premier quotidien économique français. Ceux-ci redoutent les conflits d’intérêt avec le propriétaire du groupe LVMH dont les activités couvrent la plupart des secteurs qu’ils suivent dans leur journal.

Le débat monte depuis des mois, voire des années. Il y a bien une exception française par rapport à nos voisins européens : les principaux médias écrits et audiovisuels de ce pays appartiennent à une poignée de grands groupes qui dépendent, pour une bonne part, des commandes de l’Etat. Là où dominent en Allemagne ou en Angleterre, des groupes dont la presse est le coeur d’activité, on trouve en France des propriétaires de médias qui font aussi des grands travaux publics, des avions ou des armements, secteurs où le poids de l’Etat est prépondérant. Que les patrons de ces groupes soient aussi des amis personnels ou politiques du nouveau président de la République contribue à brouiller le débat.

L’histoire du dernier siècle a été celle de la conquête et de la consolidation de la liberté de la presse dans ce pays -par rapport au pouvoir politique, mais aussi par rapport à celui, non moins intrusif, de l’argent. Il y va de l’exercice de la démocratie, du droit des citoyens à disposer d’une information non soumise aux intérêts des propriétaires de médias. D’où la proposition de doter les rédactions d’un statut juridique, de créer une muraille entre le capital et les journalistes, de réaffirmer, aussi, des règles déontologiques trop souvent ignorées. Le Forum des Sociétés de Journalistes, une nouvelle forme d’organisation morale des rédactions, a émis des propositions en ce sens, restées lettre morte alors qu’elles semblent bien urgentes.

Dès lors, on ne peut que rejoindre Jean-Michel Dumay, le Président de ce forum, qui disait hier dans le Monde : "Peu de gens, notamment chez les politiques, semblent s’étonner que le principal quotidien économique tombe dans les mains de la plus grande fortune de France, Bernard Arnault, Et qu’il soit en mesure de choisir le propriétaire de son principal concurrent" ["La Tribune", ndlr]. Cette passivité est incompréhensible alors que c’est de la qualité et de la crédibilité de l’information des citoyens qu’il s’agit. Et cet enjeu ne concerne pas que les journalistes.

Pierre Haski


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