AGI !
Tribune libre par Jonas2

Le 19 mars sera-t-il un rendez-vous manqué pour les syndicats ?

Rue 89
lundi 2 mars 2009 par AL

Lien vers http://www.rue89.com

Les mouches ne me trouveront pas assis

Lors de la manifestation du 29 janvier 2009, un responsable syndical ravi par l’ampleur du défilé me glissait :

"Après ça ils vont avoir du mal à prétendre que les syndicats sont finis."

Je ne partageais pas son point de vue. Je pensais plutôt que c’était tout un peuple qui était descendu dans la rue ce jour-là.

Sa réflexion, qui m’a laissé perplexe sur le coup, se transforme progressivement en crainte. Et si les appareils dirigeants n’étaient pas à la hauteur de l’évènement le 19 mars ?

Ils donnent l’impression de faire de cette journée une fin en soi, de préparer une de ces éternelles parties à sommes nulles. Une journée qui doit être absolument taxée de succès par les syndicats et d’échec par le pouvoir. Et puis après ? Que va-t-il y avoir après ?

Une intersyndicale le lendemain et une autre journée d’action un mois plus tard ? Quelques rogatons lâchés à ceux qui pourraient se détourner de la Sarkozie lors des prochaines confrontations électorales ?

Malgré l’enjeu, tout se passe comme si les leaders syndicaux et politiques refusaient de voir la réalité en face et s’effrayaient des proportions que pourrait prendre le mouvement en cours.
Le peuple en a marre

Les syndicats installés n’admettent que du bout des lèvres le caractère politique des actions engagées. C’est-à-dire la contestation radicale d’un système et de son mode d’exercice. Ils sont dans leur rôle habituel.

La plupart des "élites" politiques d’opposition, PS en tête, se gardent bien d’interférer dans les manifestations syndicales. Ils sont dans leur rôle préféré. La droite et le Medef raillent et dévalorisent cette riposte à la politique de Sarkozy et de son gouvernement. Ils sont dans leur rôle favori.

Ce qu’aucun ne semble malheureusement comprendre c’est que le peuple en a marre. C’est justement cette logique d’appareil avec lecture et décodage des faits et gestes par les sempiternels initiés du microcosme qui est récusée par les manifestants. Un peuple est sorti de son mutisme avec deux mots tout simples à comprendre : assez maintenant.

Esquives, reculades, petites phrases, langues de bois, signes forts et bombes à brouillard, le citoyen ne trouve pas son compte dans ce cérémonial convenu et qui nous plombe depuis trop longtemps. Et l’impression que certains donnent déjà de lever discrètement le pied n’est pas faite pour rassurer à cet égard.

Ce que je crains de voir, ce sont des leaders cherchant des alibis pour qu’on ne les accuse pas de mettre de l’huile sur le feu et se mettant ostensiblement à l’écart du peuple qui gronde. La peur qu’ont ces élites d’être dépassées prouve sans doute qu’elles le sont déjà.
Ne pas faire la politique de l’autruche

Ce que je redoute de voir aussi, ce sont ces puristes qui sous prétexte d’empêcher les amalgames et les provocations démontreront une fois de plus qu’ils sont des dogmatiques défendant surtout leur pré carré. Ce qui risque de me faire vomir, enfin, ce sont ces réformistes prêts à lécher la main pourvu qu’elle frappe un peu moins fort.

Je ne parle même pas de cette autre planète où un gouvernement et sa majorité, soucieux de dédouaner Sarkozy, invoquent effrontément et sans rire les dégâts collatéraux de la crise financière internationale et uniquement cela pour justifier la poursuite de réformes à la hussarde.

Je ne parle pas non plus de son satellite veule : la classe médiatique engluée dans le suivisme et le copié-collé et brillant comme jamais par son absence en qualité de quatrième pouvoir.

En d’autres termes, ceux qui devraient anticiper sur ce qui prend inexorablement forme, préfèrent la politique de l’autruche. Les raisons en sont radicalement différentes mais la posture est identique. Une stratégie de petits bras pour le pouvoir largement dépassé et qui s’évertue à limiter les dégâts à chaque départ de feu. Des exigences timorées pour une opposition prise de vertige devant l’inconnu et prête à composer si elle obtient des miettes lui permettant de sortir la tête haute.

Une pièce aussi mal jouée ne va qu’exaspérer un peu plus les Français qui ont compris, eux, que limiter la grève générale à une somme de revendications liées au pouvoir d’achat et à la défense des services publics est aberrant. C’est un immense ras-le-bol général qui est en train de prendre forme de manière irrépressible.
Sur le fil du rasoir

La lame de fond d’un rejet global et sans concession s’apprête à soulever la rue. Y aura-t-il quelqu’un pour la précéder, la guider ou à la rigueur l’accompagner ?

Une sorte de soif de réenchantement, comme nous n’en n’avions plus connue depuis longtemps, gagne. Elle est beaucoup plus profonde que ne semblent le soupçonner nos élites. Il s’agit des prémices d’un affrontement central avec la classe capitaliste et son État.

Cet immense espoir en train de naître a besoin de se nourrir d’une perspective politique et existentielle. S’il est déçu, rien ne sera plus comme avant. Nous sommes sur le fil du rasoir entre un scénario à la grecque où plus grand monde ne contrôlera grand-chose et, tout aussi grave, un désenchantement profond et quasi définitif pour cette génération, rendant tout progrès démocratique impossible faute de combattants.

Chères élites, pour une fois prêtez bien attention à ce qui est en train d’arriver et ouvrez bien grand les yeux et les oreilles avant de parler. Ne raisonnez plus avec des idées d’hier. Le monde dans lequel vous les puisiez est en train de s’effondrer. Prenez enfin la juste mesure des choses.

Faire reculer le libéralisme sur des revendications justes mais limitées ne sera pas suffisant. Soyez à la hauteur du rendez-vous que tant de nous attendent. Il faut infliger une grave défaite politique à ceux qui sont en train de dépecer notre république démocratique et laïque.

Étouffer les manifestations de colère ne résoudra rien car "ce n’est pas la grève en masse qui nourrit la révolution, c’est la révolution qui nourrit la grève en masse" (Rosa Luxemburg).

Une énergie colossale est prête à s’engager pour demain. Montrez-nous que vous êtes capables de la canaliser vers une refondation. C’est la seule voie concevable.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 336 / 74587

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Ça nous regarde   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License