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Téléfoot(oir)

Une contribution personnelle de Roger Hourmant
dimanche 15 août 2004 par Webmestre

Réaction reçue suite à l’article précédent, à propos de la citation (hors contexte, mais quand-même...) de Patrick Le Lay : "le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit"...

Le texte ci-dessous peut certainement faire débat. Ces propos n’engagent que leur auteur. Merci à lui quoi qu’il en soit pour cette contribution.

Téléfoot(oir)

Décidément, le bêtisier de la télévision n’est pas près de s’épuiser. Cette fois, c’est Patrick Le Lay, PDG de TF1, qui annonce la couleur (dépêche AFP du 9 juillet 2004) : "Soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible".

Voilà qui a au moins le mérite de la franchise ! Il n’empêche que cet ahurissant propos ne fait que confirmer ce que tout le monde savait déjà, à savoir que la télévision n’est plus que la nauséabonde fosse d’aisance, le tout-à-l’égout où vient se déverser tout ce que notre société mondialisante a d’excrémentiel, c’est-à-dire tout ce qui fait bon ménage avec l’argent, le business, la corruption et la magouille.

La télé ne nous laisse désormais le choix qu’entre le mauvais et le pire, qui ne sont à leur tour que l’expression au quotidien de l’univers glacial, désincarné et aseptisé du management orwellien. Pratiquement incontournable à notre époque, à moins de ne pas avoir de récepteur, la télé a pour vocation première de maintenir les gens dans un état de subordination et non de les informer ou de les libérer de quoi que ce soit. L’argument le plus souvent avancé est que la pub, les émissions sportives, les jeux télévisés et la télé-réalité ont été conçus pour permettre aux gens d’échapper un peu aux dures réalités de la vie quotidienne. Toutes ces niaiseries n’ont au contraire pour but que de les y enfoncer, car l’évasion n’est que temporaire, comparable à celle que procurent les stupéfiants. L’argument est donc spécieux, puisque c’est précisément la télé qui les lobotomise et les plonge dans un état d’assujettissement et d’apathie tel que leurs neurones ne sont plus en état de fonctionner normalement.

La politique est donc claire : tenir le téléspectateur scotché à son écran le plus longtemps possible pour s’assurer que, pendant ce temps-là, il s’abstiendra de penser. Dans sa vaste entreprise d’intoxication et de désinformation, la télé dispose, pour ramollir les cerveaux et asservir les esprits, de différentes armes, dont certaines, comme la télé-réalité, sont de conception relativement récente, les plus classiques - et les plus redoutables - étant la publicité, le sport et les jeux télévisés à prétention culturelle.

La publicité

L’histoire d’argent peut-être la plus sordide. La subversion est totale, car la pub exploite les fantasmes humains et s’adresse à des aspirations éminemment légitimes telles que l’instinct de propriété. Le message audiovisuel envoyé par l’écran étant subliminaire (il est perçu par le subconscient du destinataire, car il ne franchit pas le seuil de sa conscience), c’est sa récurrence (matraquage publicitaire) qui finit par provoquer des dégâts irréparables. Quand, à longueur d’antenne, entre deux films ou feuilletons américains stéréotypés et insipides, on lui fait boire jusqu’à la lie l’imbuvable calice de la publicité, le téléspectateur finit par se convaincre que la teneur en arabica du protège-slip X est supérieure à celle des aliments pour chats Y.

Son degré d’abrutissement est tel qu’il n’a du reste même plus le réflexe élémentaire d’aller vérifier. Conditionné et infantilisé de la sorte, il finit par abandonner tout sens critique. Attentiste et passif, il est mûr et l’on peut alors lui faire avaler n’importe quelle couleuvre. Il est devenu, sans même s’en rendre compte, le consommateur idéal, malléable et manipulable à merci, qui, un jour, va se précipiter tête baissée dans le piège du surendettement. Et, mondialisation oblige, puisque la pub, mensongère par essence, est exclusivement au service des multinationales, le jour où il ne restera plus que la grande distribution pour garnir nos assiettes, nous serons bien obligés de consommer ce qu’elle voudra bien nous proposer, OGM compris.

D’ailleurs, on notera que, depuis un certain temps déjà, la pub n’hésite plus à cibler ouvertement les enfants et les adolescents. Plus on vend de basquettes ou de vêtements de marque fabriqués en Asie du Sud-Est à des prix de dumping et plus on délocalise en France et en Europe ! Enfin, la plupart des chaînes de télé sont tributaires de la pub pour vivre ou survivre. Sans la manne providentielle de la pub, TF1, chaîne d’une consternante nullité, s’écroulerait probablement en quelques semaines !

Le sport, opium du peuple

Ici encore, c’est la maffia du fric qui mène la danse. Après les 24 heures de St Aubain-les-Egoïnes, le Tour du monde à la rame et autres courses de béquilles derrière grosses motos, nous devons supporter, ad nauseam, les interminables échanges de balles de Roland Garros pour passer, sans transition, aux non moins interminables coups de pédale de la Grande Boucle. Le pire, c’est encore l’affligeante omniprésence du sacro-saint foot, véritable pestilence télévisuelle de notre temps, où 22 imbéciles s’entre-tuent pour s’emparer d’un ballon, pareils à un essaim de mouches coprophages qui se disputent un étron. Qu’attend-on pour leur donner un ballon à chacun ? C’est comme si, pour une course cycliste, autre sport d’équipe, on faisait pédaler 11 coureurs sur la même bécane ! Absurde, n’est-il pas ?

Sport dit de masse, le foot monopolise l’écran, sous prétexte que, statistiquement, 25% de la population aiment ce sport. C’est faire bien peu de cas des 75% qui restent et qui, comme moi, tout en payant leur redevance annuelle, sont encore assez mal élevés pour ne pas apprécier l’hystérie qu’il suscite, même s’il est de notoriété publique que certaines équipes sont payées pour perdre et que certains joueurs se cament au point de tomber raides morts sur le terrain.

Le comble de l’insolence est que, sur certaines chaînes, les journaux télévisés, pour être sûrs que personne ne les ratera, donnent d’abord les résultats sportifs, comme si ceux-ci étaient de nature à changer la face du monde ou à faire grimper le cours du soja à la Bourse de New York. La coupe, fût-ce celle de l’UEFA, est pleine ! Quand je songe à tous ces gamins qui, à peine sortis du berceau, s’identifient déjà à Zidane, ange déchu du football "français"... Pourtant, force est de reconnaître que les contre-performances récentes des Bleus n’ont vraiment pas de quoi déchaîner l’enthousiasme, n’en déplaise à tous les obsédés du ballon rond.

Quant au cyclisme, autre immense tas de fumier d’où s’élèvent les vapeurs délétères du dopage et du truquage, le Tour de France sévit sur les ondes pendant trois longues semaines en été. France 2 pousse même la charité jusqu’à nous en servir, jusqu’à plus soif, quatre à six heures (voire plus) par jour, à raison de quatre émissions : La légende du Tour, L’étape, Les marches du Tour, Vélo Club ; tant qu’à faire, je propose d’en ajouter quatre autres : Résumé de l’étape, Commentaire de l’étape, Résumé du commentaire, Commentaire du résumé...) ; à n’en point douter, nous vivons en plein Bas-Empire : panem et circenses (du pain et des jeux !), comme le disaient déjà les Anciens...


La télé-réalité

La Star Academy, pour ne prendre que cet exemple, fait la tournée des poubelles pour recruter ses bêtes de concours. Seules conditions requises pour y participer : avoir la gueule qui convient et un QI tout juste suffisant pour gérer - pour employer le verbe à la mode - sa braguette ! Certes, ils sont tous beaux, pomponnés et attifés à ravir, mais arrogants, incultes et bêtes à faire pleurer un sacristain, même si certains d’entre eux accèdent parfois à la gloire médiatique. La Star Academy, dont il existe aujourd’hui d’innombrables variantes et dont le filon est malheureusement loin d’être épuisé, est donc le type même de "divertissement" qui s’emploie essentiellement à faire l’apologie du stupre et de l’argent facile.

Pourtant, depuis que la télé a mis la pornographie et le sexe à la portée - si j’ose dire - de toutes les bourses, le SIDA progresse de façon exponentielle dans le monde, Occident compris, et n’empêche nullement les jeunes (et futurs grabataires du SIDA) de s’accoupler comme des lapins et d’avoir de surcroît le culot de demander des comptes à la recherche. Quand ces jean-foutre de médecins vont-ils enfin nous trouver un bon petit vaccin qui va nous permettre de copuler en toute impunité à toute heure du jour et de la nuit ?

J’attends toujours une Star Ac’, style musée des horreurs, dont les protagonistes seraient bègues, unijambistes, strabiques ou porteurs d’un bec-de lièvre. De grâce, que l’on nous donne au moins une fois l’occasion de rigoler un peu, au lieu de nous imposer l’étalage morbide des états d’âme plus ou moins frelatés de ce ramassis de chochottes et de bellâtres triés sur le volet en fonction de critères purement physiques !

Et malheur à celui qui a l’imprudence de déclarer publiquement qu’il n’aime pas la télé-réalité, car il passe immédiatemment pour un débile mental ! La télé culpabilise les gens en mettant en jeu des mécanismes subtils d’ostracisme social, qui font qu’il est vivement recommandé de hurler avec les loups et de ne pas se singulariser.


Les jeux télévisés à prétention culturelle

On galvaude allègrement le terme de culture et l’astuce consiste, pour donner bonne conscience aux cancres, à en étendre la notion à toutes sortes de futilités qui, dans cinquante ans, n’auront pas laissé la moindre trace dans la mémoire collective. Désolé ! Mais savoir qu’Eddy Merckx a remporté cinq ou six fois le Tour ne fait pas de moi nécessairement un homme cultivé.

A une époque où les intellectuels sont relégués au rang des pestiférés, est réputé "cultivé" tout analphabète ou semi-analphabète qui, ayant réussi le tour de force de placer la ville d’Odessa en Pologne (Qui veut gagner des millions, cuvée des bacheliers 2002), est cependant capable de vous donner sans hésiter le nom du gagnant du tournoi de Wimbledon de 1925. Il est vrai qu’à force de niveler par le bas, on finit par obtenir un baccalauréat au rabais, avec des taux de réussite absolument délirants, qui peuvent atteindre 80 à 85%. De nos jours, pour s’assurer un avenir professionnel à peu près convenable, il faut un bac + x, ce qui est bien la preuve que la valeur intrinsèque du diplôme est dérisoire, pour ne pas dire nulle. La seule et unique porte qu’il ouvre est le plus souvent celle de l’ANPE.

Notons au passage que la violence et la délinquance sont en rapport direct avec ce nivellement par le bas. Faute de pouvoir s’exprimer verbalement ou par écrit, les "jeunes" s’expriment "physiquement". Ces hyperactifs, dont le bagage lexical est microscopique - c’est celui du rap -, sont en effet incapables de penser rationnellement et de bâtir une phrase française sans faire au moins une dizaine de fautes d’orthographe, de grammaire ou de syntaxe. Comment pourraient-ils s’exprimer autrement que par la violence ? Il ne fait aucun doute que cette détresse intellectuelle est la conséquence logique de la politique criminelle suivie par les irresponsables qui se sont succédés à la tête de l’Education nationale pendant des décennies.

Autre exemple qui montre bien que le désert culturel est en train de gagner du terrain : l’appauvrissement de la langue française, véhiculé, voire encouragé par les médias. La langue devient nébuleuse, binaire : on ne parle plus d’intolérance, mais de non-tolérance, d’infraction à la loi, mais de non-respect de la loi, de facultatif, mais de non-obligatoire ; aujourd’hui, tout est cool, emblématique, génial, mythique ou géant ; sans compter la prolifération alarmante des anglicismes : on ne remplit plus un formulaire et on ne le renvoie plus une fois rempli, on le complète (to complete) et on le retourne (to return) ; on profite des opportunités ; à noter que ceux qui raffolent de ces tournures sont généralement des gens qui dominent mal leur langue maternelle et qui, le plus souvent, ont une connaissance plus que sommaire de l’idiome de Shakespeare ; les locutions employées improprement : par rapport à (pour au sujet de, à propos de), au niveau de (pour en ce qui concerne), etc.

Pas étonnant, dans ces conditions, que l’on assiste presque chaque jour à des scènes révoltantes, qui ne font que refléter l’état de déliquescence spirituelle et morale dans laquelle sombre peu à peu notre société anesthésiée par la télé. Les agressions qui surviennent régulièrement dans les transports publics en sont la parfaite illustration : elles sont généralement l’œuvre de la racaille qui sème la terreur dans les banlieues dites sensibles. Ces détraqués opèrent généralement en bandes et s’attaquent de préférence à des gens vulnérables et fragiles. Il y a vingt ou trente ans, des énergumènes de cette espèce auraient été lynchés sur place ! Mais le comble de la lâcheté est que l’entourage ne bouge pas et se garde bien d’intervenir.

Ce qui prouve que le citoyen moyen ne voit pas plus loin que la page des sports de son quotidien habituel et que son écran de Star Ac’. Asocial et égocentrique, son unique préoccupation est la satisfaction de ses besoins immédiats. La banalisation de la médiocrité, de l’égoïsme, de la violence, de la paresse et du vandalisme lui fait perdre le sens des valeurs qui constituent le fondement même de toute vie en collectivité et de la paix civile : effort, responsabilité, initiative, solidarité, civisme, courage.

Que faire ?

Jadis volontiers culturelle, la télévision rassemblait les générations devant le petit écran. Aujourd’hui, du fait qu’elle phagocyte littéralement les gens 24 heures sur 24 et que ce volet éducatif et pédagogique a totalement disparu, la télévision disperse, atomise la famille. Il n’y a plus d’interactivité, chacun suit son programme dans son coin et n’éprouve plus le besoin de communiquer. La télévision, sans être pour autant responsable de tous les maux qui nous accablent, n’est-elle donc pas, entre autres, indirectement à l’origine de la désagrégation de la cellule familiale, premier élément constitutif de toute vie en société ? On peut se poser la question. Rappelons en effet qu’en France, selon l’Institut national d’études démographiques, INED, 35% (50% à Paris) des mariages se terminent par un divorce.

La société dans laquelle nous vivons n’est pas une fatalité, elle n’est que le sous-produit de notre insondable connerie. Le Général, parlant des Français, n’avait donc pas tort d’affirmer : "Les Français sont des veaux !". Dans ce cas, de quoi nous plaignons-nous ? Nous avons la société et, partant, la télé que nous méritons et que nous avons appelée de nos vœux. Pourtant, il ne tiendrait qu’à nous, si tant est qu’il en soit encore temps, de nous mobiliser pour faire changer les choses.

Les progrès électoraux qu’enregistrent régulièrement les différentes formes d’extrémisme n’ont donc pas de quoi surprendre, car la démocratie occidentale, qui a une fâcheuse tendance à confondre liberté et licence, a perdu toute crédibilité et n’a strictement rien à leur opposer. Lorsque les islamistes auront pris le pouvoir en France, les imams auront tôt fait de balayer toute cette pourriture. A leur façon, bien entendu, c’est-à-dire en tranchant des mains et en coupant des têtes, celle du vidangeur Le Lay, par exemple. Heureusement, ceux de ma génération ne seront plus là pour le voir...

Article envoyé par email à la rédaction.


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